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Paroles [Jacques Prévert]

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1

Présentation

Paroles [Jacques Prévert], recueil de textes et de poèmes de Jacques Prévert, publié en 1946.

L’ouvrage est formé de textes recueillis dans diverses revues et d’une moitié de textes inédits. Le succès est immédiat. En 1947, une deuxième édition est augmentée de seize textes. La version définitive est composée de quatre-vingt-seize poèmes, écrits de 1930 à 1944, en ordre globalement chronologique, sans autre logique rigoureuse d’organisation ; mais on peut distinguer des séries de poèmes autour d’un même thème et remarquer que des textes plus longs encadrent et jalonnent le recueil.

2

« Les écrits s’envolent, les paroles restent. »

L’ouvrage surprend d’emblée par une langue qui, comme le titre le suggère, adopte des tours familiers, laisse des phrases inachevées, crée ses néologismes. Cette poésie est fondamentalement orale et revendique sa simplicité. Cela explique la diversité des registres : à la conversation de tous les jours, la langue populaire, se mêlent des moments plus lyriques. Humour et gravité naissent tour à tour des jeux de mots aux formes les plus variées, rappelant parfois des procédés surréalistes : détournements d’expressions (« Cortège »), expressions prises au pied de la lettre (« la Cène »), mélange des sens propre et figuré des termes, utilisation de citations de tous ordres.

3

Prose ou poésie ?

Prévert a répété que Paroles est un anagramme de « la prose ». De rares textes sont en prose, entièrement (« Souvenirs de famille »), ou partiellement (« Tentative de description d’un dîner de têtes à Paris-France ») ; il y a une brève scène dialoguée (« l’Accent grave »). Mais en général, Prévert écrit en vers blancs, joue sur la typographie et n’emploie pas de mètre rythmique régulier. Mais le travail poétique est présent, sous la forme de multiples recherches sonores qui donnent à l’œuvre un caractère humoristique et ludique.

4

Prévert iconoclaste : révolte et satire

L’humour est parfois noir, surtout dans des textes tournant en dérision certains clichés sociaux (« Dîner de têtes », « Souvenirs de famille », « Familiale »). Prévert, non sans provocation, fait éclater son anticléricalisme et son antimilitarisme. Le recueil laisse transparaître quelques allusions à la situation historique contemporaine (« la Crosse en l’air », « Barbara »), se moque de héros nationaux (Louis XIV, Napoléon), mais prend vite une portée plus générale pour dénoncer les horreurs de la guerre, les entraves à la liberté individuelle ou exprimer la douleur de la condition humaine dans des poèmes d’une concision parfois saisissante évoquant la souffrance humaine (« le Message »).

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