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La terre tremble [Luchino Visconti]

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Visconti (Luchino), La terre trembleVisconti (Luchino), La terre tremble

La terre tremble [Luchino Visconti] (La terra trema), film italien en noir et blanc de Luchino Visconti, réalisé en 1948.

Antonio Valastro (Antonino Arcidiacono), jeune pêcheur sicilien d’Aci Trezza, apprend la mort en mer de son père et devient ainsi le chef d’une famille de neuf personnes. La vie des pêcheurs est rendue notamment difficile en raison des contraintes exercées par les grossistes qui imposent leurs propres prix d’achat. Pour échapper à cette exploitation, Antonio décide d’hypothéquer sa maison afin d’acheter un bateau, de se mettre à son compte et de vendre lui-même le produit de sa pêche. Après de bons débuts dans ce commerce, il voit son bateau détruit au cours d’une tempête et connaît dès lors une misère plus grande qu’auparavant. Sa grand-mère meurt. Un de ses frères s’en va. Sa maison est saisie. Sa fiancée le quitte. Il est en butte au mépris des gens. Les grossistes profitent de son échec pour mettre un terme définitif à toute velléité de changement qui aurait pu germer dans l’esprit des autres pêcheurs. Antonio et ses frères finissent par se résoudre à travailler pour eux.

Le film s’inspire du roman vériste de Giovanni Verga : les Malavoglia (1881). Luchino Visconti l’a réalisé sur les lieux mêmes de l’action. Il a associé au scénario les gens du pays et leur a fait jouer leur propre rôle en dialecte local, si bien qu’à sa sortie le film a été sous-titré en italien pour le public de la péninsule.

Dénué de pathos naturaliste, La terre tremble est un chef-d’œuvre du courant néoréaliste qui ouvre la voie à un cinéma social et politique. C’est aussi un hymne lyrique qui rend hommage au combat des pêcheurs contre la nature et contre les hommes qui les exploitent. Cet opéra cinématographique sur la condition des pauvres rejoint les tentatives déjà faites dans ce sens par le réalisateur Robert Flaherty ou par les cinéastes soviétiques (voir russe, cinéma).

Visconti décrit avec sensibilité la vie des travailleurs en usant d’images dans la lignée des œuvres des grands peintres italiens du Quattrocento et en adoptant une dramaturgie proche de celle de la tragédie grecque, tout en réussissant cependant à donner une dimension moderne à un propos idéologique et artistique. Ici, les dieux sont absents. Le tragique naît de la condition des hommes, des ouvriers, des pêcheurs. On voit s’opposer la résignation des anciens à la révolte d’Antonio, trop individuelle pour être révolutionnaire et changer le cours des choses. Par là, cette œuvre éminemment politique dépasse les limites du film de propagande.

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