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Roue, la [Abel Gance]

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Roue, la [Abel Gance], film français muet en noir et blanc d’Abel Gance, réalisé en 1922.

Le mécanicien de locomotive Sisif (Séverin Mars) recueille la petite Norma (Ivy Close) après un accident de chemin de fer. Il l’adopte et se met peu à peu à éprouver pour elle une passion possessive. Son fils Élie (Gabriel de Gravone) est également amoureux d’elle. Devenue jeune femme, Norma épouse un ingénieur de la compagnie : Jacques de Hersan (Pierre Magnier). Rendu presque aveugle par un jet de vapeur, Sisif est muté au funiculaire du Mont-Blanc. Un autre drame se noue alors. Jacques considère avec jalousie les attentions d’Élie envers son épouse. Il le provoque en duel au cours duquel tous deux trouvent la mort. Désespérée et ruinée, Norma va rejoindre Sisif (devenu entre-temps totalement aveugle) et accepte de veiller sur lui jusqu’à sa mort.

Jean Cocteau écrit : « Il y a le cinéma d’avant et d’après la Roue, comme il y a la peinture d’avant et d’après Picasso. » De nombreux témoignages attestent de l’importance historique de ce film chargé de symboles et construit comme une symphonie cinématographique. Son tournage a duré seize mois, et fut marqué par la volonté démiurgique de l’auteur qui a fait construire un studio dans les Alpes, déplacé les poteaux électriques et exigé la démolition d’un funiculaire gênant. Un drame s’est déroulé en parallèle à cette aventure : l’agonie d’Ina Danis, la compagne de Gance, morte à vingt-neuf ans, à la fin du tournage.

Les inventions rhétoriques de la Roue marquent une étape décisive dans le développement du langage cinématographique. Le montage, extrêmement inventif et dynamique, est influencé par le style de Griffith que Gance venait de rencontrer lors de la présentation de son J’accuse (1919) aux États-Unis. La rareté des intertitres, les surimpressions, le montage kaléidoscopique et la musique originale d’Arthur Honegger ont fait une forte impression sur les spectateurs du monde entier.

À la sortie du film, le public du Gaumont Palace fut si enthousiaste qu’il réclama une nouvelle projection des dernières bobines. Ce succès sans précédent est venu récompenser un travail de presque cinq années et a consacré Gance auteur capital.

Film populaire et film expérimental à la fois, la Roue a influencé l’école soviétique (Dovjenko, Eisenstein, Koulechov et Vertov). On peut le considérer comme le premier film français à avoir contribué à ce que le cinéma soit définitivement tenu pour un art à part entière.

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