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Fleuve, le [Jean Renoir] (The River), film américain en couleurs de Jean Renoir, réalisé en 1950. Harriet (Patricia Walters) raconte ses années d’adolescence aux Indes. Pendant les années trente, son père (Esmond Knight) y dirige un commerce de jute. Il a d’autres filles et un petit garçon, Bogey (Richard Foster). Son voisin John (Arthur Shields) est veuf et père d’une métisse, Mélanie (Radha). Harriet est proche de Valérie (Adrienne Cori), qui a trois ans de plus qu’elle. Le capitaine John (Thomas E. Breen), cousin de John, arrive chez ce dernier. Blessé à la guerre et amputé, il porte une jambe artificielle. Sa présence trouble Mélanie, Valérie et Harriet. Chacune tombe amoureuse de lui, mais John est tourmenté par son handicap. Il flirte avec Valérie mais il est également sensible au charme exotique de Mélanie. Il considère Harriet comme une enfant, tout en lui reconnaissant des dons pour la poésie. Le drame survient quand Bogey et son ami Kanu (Nimai Barik) découvrent qu’un cobra royal se cache dans un arbre de la propriété. Fasciné par les reptiles, le petit Bogey cherche à apprivoiser le serpent venimeux mais celui-ci le tue. Harriet se sent coupable, car elle savait que son frère cherchait le serpent mais, trop occupée à tenter de séduire le capitaine John, elle n’en avait rien dit à personne. Elle fait alors une fugue, tente de se noyer, est sauvée par des pêcheurs et revient au domicile familial. Le capitaine John s’en va et il écrit aux trois jeunes filles qui reçoivent ses lettres à l’instant où la mère d’Harriet (Nora Swinbaume) met un nouvel enfant au monde. Les trois jeunes femmes abandonnent leurs lettres pour aller découvrir le nouveau-né. Adapté du roman éponyme de Rumer Godden par cette dernière et par Renoir, c’est le premier film en couleurs du réalisateur. La photographie de Claude Renoir et les décors d’Eugéne Lourié en font un spectacle d’une grande beauté. Chaque plan est un tableau à la perfection indéniable et le film est empreint d’une grâce et d’une sérénité qui ne cachent cependant rien de la cruauté de la vie et des angoisses du passage de l’enfance à l’adolescence. L’enfance est montrée ici comme le suprême espace de liberté, même si l’imprudence y est fatale. Tous les personnages sont porteurs d’ailleurs d’une blessure, handicap qu’ils savent plus ou moins surmonter. Le père a perdu un œil à la guerre et le capitaine John une jambe. Mélanie, métisse, est, de par sa naissance, exclue du système des castes. Harriet est déjà une femme dans sa tête, mais pas encore dans son corps tandis que Valérie est tout l’inverse. Seule la mère semble trouver un équilibre en mettant au monde des enfants, mais, durement frappée par la mort de son fils, elle laisse voir en définitive le visage d’une femme dans la détresse. Dans une mise en scène d’une somptueuse simplicité, aux résonances panthéistes, Renoir dévoile les troubles intérieurs des personnages et dans un même mouvement — qui passe du fleuve aux arbres, des fleurs aux fruits, du ciel aux animaux —, nous révèle la beauté lumineuse de l’Inde et de sa nature omniprésente. Son analyse lucide d’une famille anglaise vivant à huis clos dans une luxueuse demeure passe sans rupture de ton à un regard ému et documentaire sur l’Inde éternelle. Le Fleuve, qui relève d’une vision à la fois cosmique et intime du monde, peut être regardé comme la méditation d’un grand cinéaste occidental sur l’Orient.
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