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Chinoise, la [Jean-Luc Godard]

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Jean-Luc GodardJean-Luc Godard

Chinoise, la [Jean-Luc Godard], film français en couleurs de Jean-Luc Godard, réalisé en 1967.

À Paris, dans un appartement bourgeois, au cours de l'été 1967, Véronique (Anne Wiaziemsky), une étudiante en philosophie à la faculté de Nanterre, Guillaume (Jean-Pierre Léaud), un comédien, Henri (Michel Semeniako), un autre étudiant, Yvonne (Juliet Berto), l’employée de maison, et Kirilov (Lex de Bruijn), un artiste peintre, discutent de la révolution et s'inspirent des pensées de Mao Zedong pour analyser la situation sociale, culturelle et politique du pays. Le groupe stigmatise autant l'attitude des partis communistes français et russe que les agissements des forces américaines en Afrique et au Viêt Nam. Mais le groupe cède peu à peu au psychodrame politique et idéologique. Henri est exclu pour ses sympathies envers les révisionnistes et Kirilov se suicide. Au cours d'un voyage en train, Véronique rencontre Francis Jeanson (lui-même) et lui explique que le groupe compte passer à l'action terroriste. Ce qu'elle fait d'ailleurs en assassinant un ministre soviétique en visite à Paris. Après ce drame, Guillaume abandonne son activité d'acteur traditionnel pour inaugurer de nouvelles formes de théâtre.

Qualifié par son auteur de « film en train de se faire », la Chinoise est une œuvre riche et paradoxale qui tient du documentaire, du film ethnologique et de la fiction à part entière, interprétée par des comédiens professionnels. Ce film dépeint « à chaud » un mouvement idéologique en action, le maoïsme français, et met en œuvre le principe brechtien de la parole comme « citation de vérité » tout en manifestant une forte conscience de la nature ambivalente de l’œuvre d'art, qui serait simultanément un reflet de la réalité et la réalité d’un reflet.

Si les événements de mai 68 ont donné à la Chinoise une dimension prémonitoire, c'est d'abord d'art, de théâtre et de cinéma qu’il s'agit, et plus précisément d’art politique, de théâtre socialiste et de cinéma révolutionnaire où des images limpides se confrontent à des idées parfois obscures.

Au moment de sa présentation sur les écrans, la Chinoise a été perçu comme une critique du marxisme-léninisme en vogue parmi les étudiants français, ou comme une œuvre de propagande maoïste « tendance bourgeoise ». Ces réactions paraissent quelque peu réductrices, Godard dans son film cherchant à l’évidence à explorer toutes les dimensions du sujet qu’il étudie, y compris sa propre subjectivité de cinéaste. Il n’hésite pas à souligner les contradictions de ses personnages — la plus flagrante étant que dans ce groupe qui prétend abolir les différences de classes, c'est la paysanne-prolétaire qui fait le ménage et se prostitue à l’occasion pour aider financièrement ses camarades —, ni à affirmer sa sympathie pour ces révolutionnaires en chambre qui sautent le pas du terrorisme. Il s’est d’ailleurs engagé quelque temps plus tard à leurs côtés dans un cinéma d'agitation ouvertement marxiste-léniniste.

La force du film tient aussi, pour une large part, à l’intensité des recherches formelles auxquelles se livre Godard, qui affirme plus que jamais son refus des modèles narratifs et esthétiques traditionnels et sa quête de correspondances nouvelles entre cinéma, littérature et arts plastiques.

La Chinoise a obtenu le grand prix spécial du jury au festival de Venise.

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