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Dames du bois de Boulogne, les [Robert Bresson]

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Robert BressonRobert Bresson

Dames du bois de Boulogne, les [Robert Bresson], film français en noir et blanc de Robert Bresson, réalisé en 1945.

Délaissée par son amant Jean (Paul Bernard) qui ne l’aime plus, Hélène (Maria Casarès), piquée au vif, cherche à se venger et organise au bois de Boulogne une rencontre entre Jean et Agnès (Elina Labourdette), une jeune femme qui vit de la complaisance de ses amants avec la complicité de sa mère ruinée (Lucienne Bogaert). Hélène met tout en scène pour que Jean tombe amoureux d'Agnès et l'épouse. Elle lui révèle le jour même de son mariage qu’il vient d’épouser une fille facile, « une grue ». Agnès (de complexion fragile) tombe en syncope. Jean la supplie de s'accrocher à la vie et il lui certifie qu'il l'aime malgré tout. Agnès s’engage à lutter contre la mort.

Écrit par Jean Cocteau d'après un récit de Denis Diderot dans Jacques le fataliste, les Dames du bois de Boulogne est le second long métrage de Robert Bresson et fait figure, pour ce réalisateur, de « discours de la méthode ». En effet, dans les films suivants de Bresson, on retrouve ce même procédé qui consiste à prendre pour point d’appui un mélodrame aux lourdes significations et à en faire la narration la plus dépouillée, passée au crible d’un regard éthique extrêmement exigeant sur la vie et sur le cinéma. Les dialogues brillants de Cocteau, le talent d'acteurs professionnels (que Robert Bresson cessera peu à peu d'employer dans ses films) et une certaine théâtralité sont ici au service d’une quête de pureté formelle absolue.

La force de l’intrigue tient au fait qu’elle repose sur une mise en scène — celle que monte Hélène pour se venger — elle-même mise en scène par Bresson avec une sombre poésie et un savant effet de miroir et de distanciation. Le recours à l’ellipse exprime un certain refus du naturalisme psychologique en vigueur dans le cinéma de l’époque. Quant au retournement final qui montre l'échec d’Hélène (car, pour Jean, l'amour est plus fort que la honte), il résume la position morale de l'auteur : la vie est plus forte que l'art et les vérités du cœur, comme celles de l'âme humaine, dépassent les conventions sociales et la dictature des bonnes mœurs. Pour mettre en œuvre cet acte de foi en l’homme, Robert Bresson a fait le choix avant tout de la sobriété : il s'attarde sur des objets quotidiens, efface le jeu des comédiens et garde à tout moment une austère dignité.

Film à la fois brûlant et glacé, les Dames du bois de Boulogne marque une date capitale dans l'histoire du cinéma français.

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