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Diable boiteux, le [Sacha Guitry], film français en noir et blanc de Sacha Guitry, réalisé en 1948. De retour chez lui, Talleyrand (Sacha Guitry) interroge ses domestiques sur les rumeurs du jour et sur les dernières nouvelles officielles, puis il reçoit une jeune femme, Madame Grant (Lana Marconi), dont il décide de faire son épouse. Plus tard, il travaille au service de Napoléon (Émile Drain), songe à démissionner de son service et le lui dit. L'empereur le couvre alors d'honneurs. Chez lui, Talleyrand reçoit la visite de Marie-Thérèse Champignon (Jeanne Fusier-Gir), un de ses amours de jeunesse. Elle conspire pour le retour de Louis XVIII (Henry Laverne) en France. Talleyrand lui explique que le projet est prématuré. Napoléon lui commande ensuite de s'occuper des Infants d'Espagne. Talleyrand donne alors une grande fête au cours de laquelle il constate que sa femme le trompe. Il la répudie. Lorsque Napoléon abdique, Talleyrand entre au service de Louis XVIII et veille aux intérêts français pendant le congrès de Vienne. Après le retour de l'empereur, puis celui de Louis XVIII, il refuse de travailler avec Charles X (Maurice Teynac) et préfère comploter avec Lafayette (Jacques Varennes) pour faire monter Louis-Philippe (Philippe Richard) sur le trône de France. Nommé ambassadeur de France en Angleterre, il conclut un traité d'alliance avec les Anglais avant de mourir. Deuxième film réalisé par Sacha Guitry après la Libération, le Diable boiteux aurait dû être le premier, mais la censure s’y est opposée. Guitry en a donc d’abord fait une pièce et c'est seulement en 1948, après le tournage du Comédien, qu'il peut enfin réaliser son rêve et incarner Talleyrand au cinéma. Ce personnage historique le fascine autant par la drôlerie et la méchanceté de ses traits d’esprit que par sa versatilité en politique, laquelle lui vaut d'ailleurs l’hostilité de nombreux historiens qui lui reprochent d'avoir servi tour à tour, avec le même opportunisme, la Révolution, le Consulat, l'Empire et la monarchie. Comme Talleyrand, Sacha Guitry se veut un héritier de Voltaire et un serviteur fidèle de la France quel que soit le régime en place. Il utilise ce film pour clamer haut et fort son mépris des ragots et de la calomnie, dont il a été victime après la Libération. En fait, Guitry règle ici des comptes personnels avec un sens de l’ironie, voire du sarcasme, qui n’épargne personne. L’intérêt du Diable boiteux réside principalement dans le style de mise en scène de Guitry, qui ne relève ni du théâtre, ni d’un cinéma à effets spectaculaires. Guitry est par excellence un cinéaste de la parole, faisant preuve dans ce domaine d’un talent subtil qui va beaucoup marquer les futurs cinéastes de la Nouvelle Vague. Ceux-ci le considéreront comme un de leurs maîtres, à l'égal de Rossellini, Hawks et Hitchcock. À travers le Diable boiteux et plusieurs autres films, Sacha Guitry raconte l’histoire de France de manière moins farfelue qu’il n’y paraît. Il met en œuvre une exigeante morale du regard, et permet à la fiction et au documentaire de se rejoindre dans une étonnante leçon d’histoire et de réalité. Sa méthode consiste à juxtaposer les anecdotes et les événement officiels, de façon à obscurcir ou à éclairer des pans de l'histoire apparemment trop clairs ou trop sombres. Il offre par là au spectateur une occasion d’exercer son esprit critique sur l’histoire, mais aussi sur le cinéma. Pour Guitry, Talleyrand est, tout comme lui, un acteur-metteur en scène au service du peuple français. C’est du moins ce qu’il tente, avec brio, de démontrer dans le Diable boiteux.
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