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Orphée [Jean Cocteau]

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Jean CocteauJean Cocteau

Orphée [Jean Cocteau], film français en noir et blanc de Jean Cocteau, réalisé en 1950.

Au cours d’une bagarre à la terrasse d’un café, le célèbre poète Orphée (Jean Marais) assiste à un accident au cours duquel Cégeste (Edouard Dhermitte), un très jeune poète meurt, renversé par deux motards. La Princesse (Maria Casarès) emporte le corps du jeune homme dans sa Rolls-Royce, conduite par Heurtebise (François Périer). Elle emmène aussi Orphée. Ils arrivent dans une maison abandonnée, où les attendent les deux motards. La princesse ranime Cégeste qui la salue comme étant la Mort et promet alors de lui obéir. Tous deux disparaissent à travers les profondeurs d’un miroir, à la grande stupéfaction d’Orphée qui ne parvient pas à les suivre et perd alors connaissance. Heurtebise le ramène chez lui avec la Rolls. La femme d’Orphée, Eurydice (Marie Déa), enceinte, est fort inquiète de la disparition de son mari. Mais Orphée, quelque peu distrait, préfère passer son temps à l'intérieur de la Rolls à capter sur ondes courtes d'étranges messages poétiques. Eurydice est à son tour écrasée par les deux motards et la Princesse pénètre par le miroir de sa chambre pour l'emporter dans le royaume des morts. Heurtebise proteste et l'accuse d'agir ainsi sans ordres et de n’obéir qu’à l’amour qu’elle porte à Orphée. Il aide ensuite ce dernier à traverser le miroir pour qu’il puisse témoigner au tribunal de l'au-delà. Le jugement condamne la Princesse et autorise Orphée à ramener Eurydice chez les vivants, à condition qu'il ne pose plus jamais les yeux sur elle. Orphée accepte. Il recommence à copier les messages radio, sans savoir que ce sont des œuvres de Cégeste. Mais Eurydice croise accidentellement le regard d’Orphée dans le rétroviseur de la Rolls et retourne aussitôt au royaume des morts. Un groupe d'artistes, mené par les Bacchantes (Juliette Gréco et Anne-Marie Cazalis) fait à ce moment irruption chez Orphée en l'accusant de voler les œuvres de Cégeste. Orphée est mortellement blessé dans la bagarre. Il se retrouve chez les morts avec Eurydice. Orphée avoue alors son amour pour la Princesse et celle-ci s'allie à Heurtebise pour le renvoyer chez les vivants, où il retrouve son Eurydice. Heurtebise, qui est amoureux d’Eurydice, et la Princesse sont finalement condamnés, pour haute trahison, par le tribunal de l’au-delà.

Cette version moderne du mythe grec d’Orphée porte la marque de l’incontestable génie de Cocteau. Tout en privilégiant tout au long du film une esthétique de la fascination, il réussit à composer un suspense digne des grands films noirs. Une réelle magie se dégage de cette œuvre. L'uniforme des motards, les gants de caoutchouc permettant de traverser le miroir, les carrières de pierre figurant l'enfer, les ruines de la maison abandonnée et mille idées de mise en scène aussi étonnantes que la surface des miroirs se muant en eau par simple contact des mains, la Rolls roulant dans un paysage en négatif, le dérèglement des lois de la pesanteur dans le monde des morts, portent ce film à un très haut degré de fusion poétique.

Le thème de l'amour et de la mort est exploité avec talent et pertinence dans ses implications tant culturelles (théâtre grec, romantisme allemand, expressionnisme) que psychologiques. Mais Jean Cocteau joue aussi avec l’esthétique du roman populaire et des feuilletons de Louis Feuillade. Il en résulte une œuvre accessible à tous les publics, car toute la sophistication du scénario s’estompe derrière un réalisme de l'irréel, un univers ayant toutes les apparences du premier degré, à l’instar des contes de fées.

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