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    Ordet, analyse et critique du film de Carl Theodor Dreyer. ... Dans le Jutland occidental, vers 1930. Le vieux Morten Borgen dirige la grande ferme de Borgensgaard.

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Ordet [Carl Theodor Dreyer]

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Carl Theodor DreyerCarl Theodor Dreyer

Ordet [Carl Theodor Dreyer], film danois en noir et blanc de Carl Theodor Dreyer, réalisé en 1955.

Dans une bourgade danoise, vers 1930, le riche fermier Morten Borgen, un homme profondément religieux, est en butte à de graves problèmes familiaux. Son fils Johannes, promis à une brillante carrière de pasteur, semble atteint de démence mystique et erre dans la campagne en prêchant à la façon du Christ. Son fils cadet, Anders, aime d'un amour partagé la fille du tailleur Peter, le chef spirituel d'un groupe de dévots irréductiblement opposés à la famille Borgen. Les choses s'aggravent lorsque Inger, la belle-fille de Borgen, meurt en couches. Johannes se dit capable de la rappeler à la vie mais personne ne le prend au sérieux à l'exception de la fillette d'Inger, dont la foi en Johannes est entière. C'est en son nom que Johannes accomplira effectivement le miracle de la résurrection, devant une assistance bouleversée et réconciliée.

Ordet, dont le titre peut se traduire en français par « la parole », fait partie des grands classiques du cinéma, même si le style rigoureux voire austère du réalisateur danois a pu laisser de marbre certains critiques, comme Ado Kyrou, qui trouvait ce film ennuyeux. De fait, Dreyer s’est toujours attaché à décrire avec précision les rapports entre la communauté humaine « ordinaire » et les êtres qui s'en démarquent par la profondeur et l'originalité de leur démarche personnelle. A travers ce thème, Dreyer se propose d'offrir au spectateur les éléments d'une réflexion profonde sur la société et sur les rapports humains. À cet égard, la question de savoir si l'œuvre de Dreyer est ennuyeuse ou non est secondaire. Ordet est un film unique en ce qu'il traite du miracle de la Foi de manière absolument directe et frontale, sans recours à l'ellipse, à la distanciation ou à la parabole.

Ordet n’est cependant pas une profession de foi béate, mais l'œuvre d'un auteur qui utilise sa maîtrise du langage cinématographique pour donner forme, avec une rare exigence, à une question d'ordre à la fois intime et universel : « Qu'est-ce que la Foi et à quoi sert-elle » ?

La réponse donnée par ce film reste ouverte et laissée à l’appréciation de chacun. Loin de tout manichéisme, Dreyer avance que les êtres humains sont tous plus ou moins « éclairés », plus ou moins conscients de la « lumière intérieure » qui est en eux et qu'il tient à chacun de lui accorder davantage de place, comme l’exprime visuellement l'extraordinaire dégradé de gris dans lequel Dreyer décompose la lumière et sur laquelle s'appuie toute sa dramaturgie.

En outre, chez Dreyer, le sens du plan rivalise d'efficacité et de maîtrise avec celui d'un John Ford, au point qu'Ordet pourrait être décrit comme un « western mystique » malgré son caractère profondément européen.

L'usage systématique du plan moyen, qui donne simultanément à lire les sentiments intimes des personnages et leurs relations aux êtres, aux objets et à l'espace, l'alternance des scènes d'intérieur, sombres et confinées, avec les extérieurs lumineux et le vaste ciel des landes danoises, le rythme lent et ascensionnel du montage atteignent ici des sommets de puissance expressive, et rendent manifeste, plan par plan, la lente et douloureuse progression d'une pensée qui s'élève vers le Dieu qui, selon le cinéaste, se cache au cœur de chaque être.

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