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Œdipus Rex [Igor Stravinski]

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Œdipus Rex [Igor Stravinski], opéra-oratorio en deux actes d'Igor Stravinski, sur un livret de Jean Cocteau (traduit en latin par Jean Daniélou), d'après Sophocle. L’œuvre a été créée dans sa version concert le 30 mai 1927 à Paris au Théâtre Sarah-Bernhardt. La création scénique a eu lieu le 23 février 1928 au Staatsoper de Vienne.

Composé pour Diaghilev qui fête les vingt ans des Ballets russes et juge le cadeau « très macabre », Œdipus Rex surprend autant par son mélange des genres oratorio et opéra que par celui des langues vernaculaire et latine qui lui confère un caractère hiératique et monumental. Le récitant, qui annonce les différents épisodes d'Œdipe roi de Sophocle, comme dans un oratorio, s'exprime dans la langue du pays où l'œuvre est exécutée, permettant une parfaite transparence du sens, tandis que les personnages de l'opéra et le chœur chantent en latin.

La tragédie de Sophocle se voit ici concentrée en un bref prologue et trois actes. Confié au seul récitant, le prologue campe la situation : la peste sévit sur Thèbes. Œdipe, qui a délivré la ville du Sphinx, promet de la libérer aussi de ce fléau. Il s'offre comme le sauveur quand paraît Créon qui est allé consulter l'oracle d'Apollon : « L'assassin du vieux roi Laïos se cache dans Thèbes ». Œdipe affronte le pouvoir politique de Créon. Puis il interroge le devin Tirésias qui poursuit : « L'assassin du roi est un roi ». Œdipe est cette fois confronté à la sagesse de celui qui sait alors qu'il ne voit pas.

Au début de second acte paraît Jocaste qui calme le jeu (elle ne croit pas aux oracles) ; mais Œdipe a peur. Il se souvient avoir tué un vieillard à un carrefour en arrivant à Thèbes. Or Laïos a été tué à un carrefour. Œdipe veut savoir : le messager et le berger lui racontent sa véritable histoire et le piège se referme sur lui. « La lumière est faite. » Jocaste se pend et Œdipe se crève les yeux avec son agrafe d'or.

Différents styles vocaux, de Haendel à Verdi, se juxtaposent dans Œdipus Rex. Créon est le plus proche de Meyerbeer, Tirésias d'un style classique, Jocaste de la vocalité verdienne avec la célèbre aria « Oracula, oracula ». Quant à Œdipe, il emprunte à divers modes d'écritures, tandis que le messager se voit adjoindre une flûte et un contrebasson, et le berger un cor anglais à la connotation pastorale. Malgré ce morcellement, Stravinski parvient à créer une structure dramaturgique, notamment par l'enchaînement des deux actes avec reprise du chœur de gloire à Jocaste, ou par de brèves transitions entre différentes interventions. L'emploi récurrent d'un arpège descendant par Créon et Tirésias — arpège dont Œdipe nous livre le sens : « Lux facta est » (« La lumière est faite ») — conforte encore cette structure.

Non conformiste dans sa manière de juxtaposer des archétypes stylistiques, l'œuvre incarne la volonté de Stravinski de s'élever au-dessus des expressions individuelles pour atteindre à l'universalité du mythe.

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