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Chemin solitaire, le [Arthur Schnitzler]

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Plan de l'article
1

Présentation

Chemin solitaire, le [Arthur Schnitzler] (Der einsame Weg), pièce en cinq actes d'Arthur Schnitzler, publiée en 1904 et créée la même année à Berlin.

2

Le dénouement des existences

La maladie de Gabrielle Wegrat, puis sa mort, dans l'intervalle qui sépare l'acte I de l'acte II, constitue la « crise » initiale déterminant les relations entre les personnages. La question de la « paternité » est au cœur de l'action dramatique : Félix Wegrat est en fait le fils du peintre Julian Fichtner, qui préféra autrefois sa liberté personnelle à l'amour de Gabrielle. Les aveux de son père « biologique », de retour à Vienne après une longue absence, détournent Félix de cet homme en mal de reconnaissance. Le personnage d'Irène Herms, restée sans enfant, bien qu'elle eût été peu avant Gabrielle la maîtresse de Julian, évoque non sans amertume les pièges de la vanité et de l'égoïsme. En contrepoint à ces relations manquées naît une passion impossible entre l'une des figures majeures de la pièce, un écrivain, M. von Sala, et la sœur de Félix, Johanna. À l'acte IV, Sala lui demande de l'épouser et de l'accompagner dans une lointaine expédition. Après le départ de la jeune fille, il évoque avec Julian l'égoïsme et le cynisme qui toujours ont motivé leurs agissements. Le cinquième acte est bref, presque brutal : Johanna, qui semble avoir entendu la conversation précédente, a mis fin à ses jours, et Sala, qui se sait désormais, à tous égards, condamné, s'apprête lui aussi à se suicider.

3

Une chronique crépusculaire

Loin de n'être qu'une peinture complaisante des intellectuels viennois à l'aube du XXe siècle, le Chemin solitaire propose une analyse « clinique » de la désillusion. La métaphore du « chemin solitaire » parcourt le texte sous la forme de variations placées dans la bouche des différents personnages. Ceux-ci, à l'exception de Félix et de Johanna, sont âgés de quarante-cinq ans environ. Chacun d'entre eux, sous le regard sans complaisance de la jeune génération, représente une adaptation particulière à la loi du devenir énoncée par Sala, sous sa forme la plus radicale : « Le chemin qui descend, nous sommes tout à fait seuls dessus, nous qui n'avons jamais appartenu à quiconque. Qu'on le veuille ou non, pour nous, la vieillesse est solitaire. Il faut être fou pour ne pas s'y préparer, en ne dépendant de personne. » (acte IV, scène 8). À l'aspiration à la liberté — Der Weg ins Freie (« le chemin vers la liberté ») est, rappelons-le, le titre original du roman de Schnitzler Vienne au crépuscule (1908) —, s'opposent la faillite des facultés créatrices (Julian), ou du corps et du cœur (Sala). La maladie est d'ailleurs un des motifs récurrents de la pièce, où le Docteur Reumann joue un rôle à la fois marginal (il n'intervient jamais directement dans les relations entre les personnages) et essentiel (car il est le détenteur d'une vérité que tous cachent ou se cachent).

Le Chemin solitaire est resté longtemps méconnu du public français. En 1989, la mise en scène lumineuse de Luc Bondy, d'une précision presque violente, associée à la publication de la traduction, a mis fin à cet oubli.

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