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Déserts [Edgar Varese]

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Déserts [Edgar Varese], œuvre pour quinze instruments, percussion et bande magnétique d’Edgar Varese, composée entre 1950 et 1954, créée à Paris le 2 décembre 1954, sous la direction de Hermann Scherchen (durée : 25 min environ). Varese a autorisé une version sans les interpolations sur bande (16 min environ).

La création de Déserts au Théâtre des Champs-Élysées en 1954 provoque un retentissant scandale. Un journaliste du Monde écrit : « Le public a tenu généreusement sa partie. Murmures d’abord, puis, crescendo, vagues de vociférations coupées de vagues applaudissements, barytons et ténors lançant des “ Assez ! ”, “ Vous n’avez pas honte ! ”, etc., gloussements féminins. » Et dans une critique intitulée « Cacophonie radiophonique », on lit ces quelques lignes : « Ce M. Varese devrait être fusillé séance tenante. C’est le Dominici de la musique ! Et puis non, ça ferait encore du bruit, il serait trop content. C’est la chaise électrique qui convient à cet électro-symphoniste”. »

Le dépouillement de Déserts fait suite à une vingtaine d’années durant lesquelles Varese ne compose pratiquement rien. Une guerre sépare donc cette œuvre de la précédente, Density 21.5 (1936), pour flûte : l’horreur, la souffrance et le désespoir ont conduit à une austérité dont témoignent ici les percussions. Silences et désolation ne signifient pas un anéantissement final mais une interrogation sur la constitution d’un univers après le désastre. « Déserts signifie pour moi non seulement les déserts physiques, du sable, de la mer, des montagnes et de la neige, de l’espace extérieur, des rues désertes dans les villes, non seulement ces aspects dépouillés de la nature, qui évoquent la stérilité, l’éloignement, l’existence hors du temps, mais aussi ce lointain espace intérieur qu’aucun télescope ne peut atteindre, où l’homme est seul dans un monde de mystère et de solitude essentielle. », écrit Varese.

Trois interpolations sur bande, violentes, issues de bruits d’usine, de dents de peigne et de sons instrumentaux, interrompent les quatre sections d’inégale longueur interprétées par l’ensemble instrumental, élargissant ainsi l’univers acoustique traditionnel et offrant un espace de liberté où se superposent divers éléments. Mais les deux mondes, l’instrumental méditatif et l’électronique, s’ignorent et alternent. La structure antiphonale des Déserts renoue avec les premiers chants du Moyen Âge, ceux qui ont résonné notamment en l’abbaye Saint-Philibert, à Tournus, où Varese aimait à se rendre.

Dans des entretiens, Varese a esquissé l’idée d’un film sur Déserts qui ne raconterait rien, mais suggérerait, éveillerait l’imagination, ôterait tout repos au spectateur. Organisant les images, conçues comme « phénomènes lumineux », selon une succession logique, les plans et les volumes visuels devaient s’opposer et succéder aux mouvements de la musique. En 1993, le vidéaste américain Bill Viola a réalisé un film utilisant la structure de base de Déserts pour décrire le violent contraste entre l’espace intérieur d’un homme seul, dans une pièce sans fenêtre, et différentes scènes d’horizons désertiques.

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