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Diable et le Bon Dieu, le [Jean-Paul Sartre]

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Jean-Paul SartreJean-Paul Sartre
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1

Présentation

Diable et le Bon Dieu, le [Jean-Paul Sartre], pièce en trois actes et onze tableaux de Jean-Paul Sartre, créée au Théâtre Antoine le 7 juin 1951 et publiée la même année.

Le Ruffian bienheureux de Cervantès fournit à Sartre l’idée du Diable et le Bon Dieu : sur un coup de dés, un soudard se convertit au Bien. Le nom du héros, « Goetz », fait référence à l’essai littéraire de ses treize ans, à son intérêt pour Goethe et Schiller. Construite à la manière d’un « drame romantique allemand », cette pièce transpose à l’époque de la Réforme luthérienne les problèmes de l’engagement aux côtés des communistes. Depuis un article de Engels (1850), la « guerre des paysans » de 1525 est un des objets historiques privilégiés des marxistes. Mécontent de la lecture anti-communiste des Mains sales (1948), Sartre veut signifier son abandon d’une problématique morale abstraite qu’il radicalise en termes de théologie, montrant le rapport exclusif à Dieu comme négateur des hommes : « Il faut passer à une philosophie de la praxis. »

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« C’est pourquoi, mes chers seigneurs, égorgez-les, abattez-les, étranglez-les… » (Luther, 1525).

Au premier acte, le reître Goetz, bâtard d’un noble et d’une paysanne, a trahi son demi-frère Conrad, le fils légitime, et mis ses soudards au service de l’archevêque. Dans Worms assiégé et affamé, s’opposent Nasty, futur dirigeant de l’insurrection paysanne, et Heinrich, curé pauvre, déchiré entre son amour des pauvres et sa loyauté envers l’Église. Heinrich trahit et donne à Goetz les clés de la ville. Goetz se dit ici voué au Mal, jouissant de son avilissement, se montrant cruel envers sa compagne Catherine. Dieu est son seul rival. Sur un coup de dés truqué, il défie Heinrich : il se vouera au Bien, tentant la sainteté. Rendez-vous est pris un an plus tard.

Au deuxième acte, Goetz, bouffon baroque, joue au saint. En « gauchiste », il distribue ses terres aux paysans et tente une « cité du Soleil », utopie centrée sur la non-violence, dictature du « Bien radical ». Hilda est à ses côtés, qui, elle, aime les hommes. Goetz, en distribuant ses terres, provoque la révolte des paysans contre leurs féodaux et ainsi cause plus de morts que lorsqu’il disait servir le Mal.

Au troisième acte, Nasty tente en vain de convaincre Goetz de prendre la direction militaire de l’armée des paysans et d’abandonner les abstraites oppositions théologiques pour l’action historique concrète au service des opprimés. Il faut le retour d’Heinrich, qui contraint Goetz à le tuer, pour délivrer ce dernier de Dieu. Goetz rejoint Nasty et l’armée paysanne ; il redevient un impitoyable chef de guerre, tentant de faire de ces paysans des soldats.

3

« Genet, c’est plutôt Goetz dans sa première période » (Sartre, 1951)

Dans la Force des choses, Simone de Beauvoir rappelle la parenté de cette pièce avec le Saint Genet, comédien et martyr (1952), exactement contemporain. Comme Jean Genet, comme Sartre lui-même, déchiré entre ses origines bourgeoises et ses options prolétariennes, Goetz est un bâtard, dénommé « rat visqueux » en tant qu’intellectuel velléitaire, traître par essence. Goetz, suivant son « chemin de la liberté », représente « la solution esthétique » du problème de Sartre, qui « cherchait le moyen de faire ce que Goetz avait fait » ; en 1952, il s’engagera nettement du côté des communistes.

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