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Huis clos [Jean-Paul Sartre]

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Jean-Paul SartreJean-Paul Sartre
Plan de l'article
1

Présentation

Huis clos [Jean-Paul Sartre], pièce en un acte de Jean-Paul Sartre, créée le 27 mai 1944 au théâtre du Vieux-Colombier.

2

« L’occupation était quotidienne »

Après sa libération du Stalag XII en 1941, Sartre termine l’Être et le Néant (1943) et s’attaque à la forme théâtrale. Il écrit tout d’abord les Mouches, montée en 1943 par Charles Dullin dans Paris occupé, puis les Autres (premier titre de Huis clos), avec une contrainte, qu’il explicitera en 1965 : « J’avais trois amis et je voulais qu’ils jouent une pièce, une pièce de moi, sans avantager aucun d’eux […] C’est là que m’est venue l’idée de les mettre en enfer et de les faire chacun le bourreau des deux autres ». Mais Olga Barbezat et Wanda, alors maîtresse de Sartre sont prises dans une rafle et Albert Camus se désiste. Raymond Rouleau reprend le projet avec des comédiens professionnels.

3

Les divans de l’analyse sauvage

Les trois protagonistes, Inès, Estelle et Garcin sont en enfer, et ont été condamnés à passer l’éternité ensemble. Un garçon d’étage introduit Garcin dans la chambre d’un immense hôtel. L’ameublement est second Empire, avec un bronze sur la cheminée. Arrive Inès, puis Estelle et, dans cet espace fermé, racinien, trois procès en appel vont se dérouler à huis clos : Inès, lesbienne, veut Estelle, mais Estelle a besoin de Garcin ; Garcin sollicite l’opinion d’Inès : est-il courageux ou lâche ? Tous les essais de relation duelle se révèlent impossibles ; le regard de l’autre est là pour pétrifier et détruire. Le pacte de Garcin n’est pas accepté, et chacun devient sadique envers l’un, masochiste envers l’autre. Chacun attend d’un autre la parole qui le comblera, mais celui qui est disposé à dire cette parole n’est pas le bon. L’être aimé prononce, au contraire, la parole qui tue.

4

« S’il y a un autre, […], j’ai une nature »

Cette machine théâtrale très efficace a beaucoup fait pour la gloire de Sartre à la Libération. En 1944, il a défini un « théâtre de situations » où « un mot [serait] un acte », sans psychologie ni monologues, représentant un conflit de droits. Il se souvient, à l’évidence, de la lutte des consciences pour la reconnaissance chez Hegel, pour théâtraliser la relation à l’autre qu’avait explorée la troisième partie de l’Être et le Néant, ce « pour autrui » dont un versant va de l’amour au masochisme, l’autre de l’indifférence à la haine, en une reprise désolée des passions de l’âme cartésienne. « L’Enfer, c’est les autres », car en énonçant des jugements attributifs, ils ont ce pouvoir de figer toute liberté : ce que je suis, je le suis par la parole de l’autre auquel je tiens. On comprend la rencontre ultérieure de Sartre avec l’antipsychiatrie anglaise : Huis clos fait modèle autant pour la « collusion » identifiée par R. Laing dans Soi et les autres (1963) que pour les saynètes imaginées dans Nœuds. En 1965, Sartre rectifiera sa célèbre formule en un simpliste « les autres sont l’Enfer », indiquant qu’il voulait « montrer par l’absurde l’importance chez nous (les vivants) de changer les actes par d’autres actes ».

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