Le choix d'Encarta
Consultez les ouvrages concernant Mains sales, les [Jean-Paul Sartre] et sélectionnés par l'équipe éditoriale d'Encarta Recherche Encarta
Rechercher dans Encarta des informations sur Mains sales, les [Jean-Paul Sartre] |
Résultats avec Windows Live® Search
Résultats avec Windows Live® Search Mains sales, les [Jean-Paul Sartre]Article
Plan de l'article
Présentation ; « Nul ne règne innocemment » (Saint-Just) ; « Moi, j’ai les mains sales.(…) Je les ai plongées dans la merde et le sang » (Hoederer) ; « L’existentialisme risque de devenir un jour — bien involontairement — l’idéologie de la réaction » (Georges Lukacs, 1948)
Mains sales, les [Jean-Paul Sartre], pièce en sept tableaux de Jean-Paul Sartre, créée à Paris le 2 avril 1948, au Théâtre Antoine.
Dès 1945, le philosophe marxiste Pierre Naville avait marqué l’incompatibilité de l’existentialisme et du matérialisme dialectique : l’existentialisme était, au mieux, un « néo-radical-socialisme ». Sartre dit avoir pensé, pour les Mains sales, dénommé primitivement Crime passionnel, à cette jeunesse qu’il influence, qui se dit tentée par « l’engagement » révolutionnaire, mais qui, immature et idéaliste, se pose d’insolubles problèmes moraux, répugnant au réalisme politique comme au mensonge et à la réécriture de l’histoire. Les Mains sales mettent en place, de façon théâtralement efficace, ces hésitations et contradictions des jeunes intellectuels d’origine bourgeoise devant le pragmatisme des communistes, les mensonges et les crimes du stalinisme.
En 1943, dans un pays d’Europe centrale au gouvernement aristocratique, les divergences à l’intérieur du parti communiste clandestin portent sur la nature du front uni. D’un côté Louis et Olga, de l’autre Hoederer, de la bourgeoisie nationale résistante, qui veut imposer la ligne d’alliance avec Karskiet, et le prince Paul, de l’aristocratie profasciste. Hugo, jeune intellectuel, qui rêve d’action violente et de reconnaissance, est volontaire pour exécuter Hoederer, sur ordre de Louis. Pendant dix jours, hébergé comme secrétaire chez Hoederer avec Jessica, sa « femme-enfant », il tergiverse, finit par considérer Hoederer comme un père symbolique, convaincu de la justesse de sa ligne. À cause de ces relations affectives, lorsque Hugo tue Hoederer surpris enlaçant Jessica, ce crime apparaît comme passionnel. Hoederer, mourant, propose d’ailleurs lui-même cette version. Sartre a encadré cet épisode de 1943, mis en scène dans les cinq tableaux centraux, par deux tableaux de 1945 constitué du récit-confession de Hugo, sorti de prison, à la camarade Olga, et présenté en flash-back. Le spectateur sait comme elle ce que Hugo ignore : la ligne officielle est maintenant celle de Hoederer et l’exécution immédiate de Hugo, témoin gênant, est programmée par Louis. Olga, amoureuse, veut montrer que Hugo est « récupérable » par le parti. Au terme de ce sursis de trois heures, où Hugo analyse ses motivations ambiguës, Olga sait le crime passionnel. Mais, refusant cette falsification stalinienne de l’histoire qui fait de Hoederer un héros et nie l’ordre donné en 1943 de le liquider, Hugo affirme le primat du moral sur une certaine politique, décide d’assumer son acte comme politique : allant au-devant des tueurs, il s’affirme « non récupérable ».
Dans la Force des choses, Simone de Beauvoir rapporte les réactions de la presse et du public : la presse communiste a crié à la propagande bourgeoise, voyant les spectateurs s’identifier à Hugo ; la presse bourgeoise a lu cette pièce comme anticommuniste. Voyant son œuvre utilisée comme instrument de guerre froide, Sartre exige dès 1952 que toute représentation de sa pièce soit subordonnée à l’autorisation du Parti communiste du pays concerné. S’entretenant en 1964 avec Paolo Caruso, il rappelle que les Mains sales n’est pas une pièce politique mais la tragédie d’une subjectivité moraliste devant les nécessités de l’action politique : c’est Hoederer et non Hugo qui reste son idéal d’homme politique. Les falsifications staliniennes du passé restent injustifiables.
© 1993-2008 Microsoft Corporation. Tous droits réservés. |
© 2008 Microsoft
![]() ![]() |