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Sonates et Interludes [John Cage]

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Sonates et Interludes [John Cage], (Sonatas and Interludes), pièces pour piano préparé de John Cage, composées entre 1946 et 1948, créées par Maro Ajemian le 12 et 13 janvier 1949 à New York.

En 1938, la danseuse Sylvilla Fort commande à John Cage une musique de ballet, Bacchanale. Le primitivisme de l’œuvre ne s’accordant guère avec le timbre historiquement déterminé du piano, l’exiguïté de la salle interdisant de plus le déploiement de l’ensemble de percussions souhaité par le musicien, Cage décide de modifier les sonorités du piano en introduisant dans les cordes revues, écrous, cendriers, moules à tarte… L’instrument devient ainsi un « orchestre à percussion, contrôlable par un seul exécutant ».

Au-delà de l’anecdote, le bois, le liège, le coton, le métal ou le caoutchouc, dont les moindres différences de texture modifient les timbres d’une exécution à l’autre, ruinent les notions acoustiques traditionnelles de l’instrument, suscitant une gamme de complexes de fréquences. Le piano se désaccorde ou adopte les sonorités du gamelan, du luth, du Koto, du clavecin, de la guitare, celles, métalliques et résonantes, du gong, de la cloche et de la cymbale, ou celles, sèches, du bongo, du tambourin, du temple block et du chinese block.

« Le piano est préparé comme on ramasse des coquillages sur une plage », rendant l’œuvre à son indétermination. L’introduction de corps étrangers renverse en effet l’idée d’une écriture maîtrisant le résultat sonore : la partition n’est plus en mesure de donner une image exacte du son de l’instrument. Traité à l’égal du son, le silence, en lequel résonnent les timbres particuliers du piano préparé, se fait de plus en plus important, notamment dans le troisième mouvement du Concerto pour piano préparé (1951).

Les Sonatas and Interludes (1946-1948) se réfèrent aux neuf émotions permanentes de l’Inde : l’héroïsme, l’érotisme, la joie, l’émerveillement, la crainte, la colère, le dégoût, la douleur et la tranquillité. Outre les quatre interludes, ces seize sonates, à l’écriture raréfiée, quasi monodique, suivent le modèle formel des sonates de Scarlatti (AA/BB) — à l’exception de trois sonates centrales (9, 10 et 11), formées de trois sections asymétriques —, et cisèlent le temps en des proportions étudiées (5/4, 4/3, 3/2 ou 2/1).

Parmi les autres pièces pour piano préparé (seul, en duo ou en formation concertante), citons les vigoureux And the Earth Shall Bear Again (1942) et Totem Ancestor (1943), Amores (1943), She Is Asleep (1943), pour voix, piano préparé et douze tom-toms, A Book of Music (1944), où deux pianos sont préparés sur les mêmes cordes, mais au moyen de matériaux différents, les six pièces de The Perilous Night (1944), l’oriental, concis et feutré Prelude to Meditation (1944), Daughters of the Lonesome Isle (1945) et Mysterious Adventure (1945), dont les structures naissent de chorégraphies de Merce Cunningham et Jean Erdman, Music for Marcel Duchamp (1947), composé pour le film Dreams that Money Can Buy, 31’57.9864 et 34’46.776 (1954), incluant divers sons annexes.

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