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Aurélien [Louis Aragon]

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Louis AragonLouis Aragon
Plan de l'article
1

Présentation

Aurélien [Louis Aragon], quatrième roman du cycle le Monde réel de Louis Aragon, publié en 1944. L’écrivain propose une seconde version de son texte, lors de sa parution dans les Œuvres croisées d’Aragon et d’Elsa Triolet, en 1966.

2

Une tragédie de l’amour improbable

Aurélien Leurtillois est un jeune homme désœuvré, marqué par la guerre de 1914-1918 qui lui a volé sa jeunesse. À trente ans, il traverse en bel indifférent le Paris des années vingt : assez beau pour séduire les femmes, il se laisse aimer, assez riche pour vivre de ses rentes. Demeuré « longtemps errant », non point dans Césarée, mais dans son adolescence prolongée, il rencontre Bérénice, épouse d’un pharmacien de province venue se distraire dans la capitale. Elle ne lui plaît pas mais l’obsède. De leurs rencontres successives, de novembre 1922 à février 1924, naît un amour qui restera en puissance, au fil de rendez-vous manqués. L’épilogue du roman propose une ultime rencontre des héros : dans la débâcle de 1940, Bérénice meurt d’une balle perdue lors d’une attaque aérienne, aux côtés d’Aurélien.

3

Une histoire singulière en attente d’une transformation de l’histoire collective

Aurélien constitue un tressage dense et subtil de données diverses, soigneusement agencées. La peinture du Paris des années vingt comporte des éléments autobiographiques : le passé surréaliste d’Aragon est par exemple sensible dans les figures réelles ou fictives qui constituent le personnel romanesque. On évoque Picasso, ou Diaghilev ; si le roman n’est pas à proprement parler un roman à clé, certains personnages ont cependant pour « pilotis » des personnes réelles : Éluard, Crevel, Tzara, Picabia. Un lien d’intertextualité est affiché avec la tragédie de Racine, Bérénice, citée dès les premières pages du roman. L’écho des modèles romanesques du xixe siècle est également sensible : Bérénice, femme d’un pharmacien provincial collectionneur d’assiettes, souffre d’ennui, elle semble une petite Bovary fascinée par Paris et les robes de grands couturiers (voir Madame Bovary). Aurélien, lui, se fait le frère jumeau de Gilles, héros du roman de Drieu la Rochelle.

Le contexte de production du roman est, ici, le plus éclairant : au cours de l’année 1943, Aragon est alors membre actif de la Résistance. Il compose le recueil poétique la Diane française, ou figure le poème « Il n’y a pas d’amour heureux. » Aurélien fait le constat d’un monde à changer, dans lequel le cœur ne peut prendre sa place si l’on ne détourne d’abord le cours d’une fatalité historique, dont les années noires de l’Occupation font tragiquement ressentir le poids. Telle est « la contradiction » qui fait obstacle au couple, et dont il n’a pas conscience, comme l’indique la postface au Monde réel. La force agissante de l’écriture romanesque, sa vertu (au sens propre « poétique ») sont de proposer au lecteur l’optimisme implicite d’un monde à venir où l’histoire singulière pourrait trouver l’espace de son accomplissement.

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