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Docteur Pascal, le [Émile Zola], vingtième et dernier roman du cycle des Rougon-Macquart d’Émile Zola. Paru d’abord en feuilleton dans la Revue hebdomadaire, puis en volume en 1893, le roman connaît une réception mitigée : on n’y reconnaît pas la tonalité propre aux romans précédents, mais un idéalisme philosophique et un optimisme qui déroutent. Cependant, l’achèvement du cycle correspond à la reconnaissance de l’homme de lettres, qui reçoit la même année la croix d’officier de la Légion d’honneur.
Pascal Rougon, fils de Félicité et de Pierre, est médecin à Plassans. Il a consacré sa vie à l’étude de la biologie et de l’hérédité. Sa propre famille constitue son champ d’études. Mais sa mère et sa servante Martine font obstacle aux travaux qui révéleraient trop de secrets. Lui-même échappe au déterminisme qui pèse sur la lignée et ne porte pas le poids du nom : on le désigne en effet par son seul prénom. Il a recueilli dans sa maison de la Souleiade sa nièce, Clotilde, fille d’Aristide Rougon (le Saccard de la Curée et de l’Argent). La petite fille qui a grandi près de lui semble l’incarnation d’un renouveau. Elle l’aide dans ses travaux scientifiques et devient la compagne d’un amour charnel qui donne au docteur Pascal une seconde jeunesse. Pour fuir les rumeurs qui agitent bientôt la ville de province, elle part à Paris auprès de son frère Maxime (l’amant incestueux de sa belle-mère, Renée, dans la Curée). De retour à Plassans, Clotilde annonce à Pascal mourant la naissance à venir de leur enfant. Cette grossesse est reçue comme la possible promesse d’une régénérescence de la famille Rougon-Macquart. Le fils de Clotilde est, à la fin du roman, présenté comme un messie laïque.
Le roman constitue la conclusion du cycle. Les dix-neuf titres précédents ont donné à voir l’épuisement d’une famille née d’un viol originel et son lien avec l’épuisement lamentable de l’Empire qui a sombré avec la défaite de Sedan. Le dernier texte, souvent oublié, vient pourtant ouvrir la perspective d’une rédemption et non pas clore le cercle de la fatalité historique ou du strict déterminisme biologique et social. Certes, le personnage du docteur Pascal emprunte ses traits à Claude Bernard, et à sa « méthode expérimentale » en biologie ; Zola, enquêteur, a également eu recours à la documentation des aliénistes de son temps. Mais il a pu s’inspirer de certains aspects de la pensée de Renan : la science permettrait l’accès à la vérité, mais surtout à une « croyance en la vie », ainsi que l’indique l’Ébauche du roman. La figure de Pascal devient ainsi un mode de présence du romancier dans l’économie d’ensemble du cycle : l’architecture romanesque est redoublée par l’armature scientifique que sont les notes du médecin ; l’arbre généalogique qui subsiste de ses travaux en est l’emblème : il serait un arbre de la connaissance, sans le risque du serpent et de la chute. Zola, auteur, vient modifier ainsi la tonalité d’ensemble de son entreprise : peut-être à la suite de son amour tardif, à cinquante-neuf ans, pour Jeanne Rozerot qui lui donne ses deux enfants en 1889 et 1891. Les derniers écrits de Zola, que sont les Quatre Évangiles : Fécondité (1899), Travail (1901), Vérité (1903) et Justice (inachevé) reprendront le même caractère conclusif : « l’affirmation de [son] amour de la force et de la santé […] basé sur la science, le rêve que la science autorise ». Le modèle biblique très nettement présent est alors réinvesti sur le mode laïque. Cette énergie créatrice qui s’affirme narrativement et thématiquement était déjà sensible tout au long des Rougon-Macquart, en particulier dans la poétique propre aux descriptions des jardins originels, paradis d’avant la faute, auxquels ont parfois accès les personnages (le séjour de Claude et Christine à Bennecourt, par exemple, dans l’Œuvre). La fécondité vient ainsi éclairer sur le mode d’une énergie heureuse les angoisses de la perte, de la stérilité ou de la dévoration qui hantaient les romans précédents.
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