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Fou d'Elsa, le [Louis Aragon], poème de Louis Aragon, publié en 1963. Ce long poème fait alterner des textes en prose et des poésies versifiées où toutes les variétés du mètre sont présentes. L’épopée arabo-andalouse, retraçant les derniers temps du royaume maure de Grenade, et la confidence personnelle s’allient dans le lyrisme du chant à l’aimée, dédicataire de l’œuvre. Le texte s’inscrit alors dans le « cycle d’Elsa » (Elsa Triolet), qu’il vient clore. Il fait suite aux Yeux d’Elsa (1942), au Roman inachevé (1956) et à Elsa (1959).
L’œuvre comporte six sections : « Grenade », « Chants du Medjnoûn », « Vie imaginaire du Wazir », « 1491 », « la Veille où Grenade fut prise », « la Grotte », suivies d’un épilogue. Elle constitue le récit de la chute de Grenade, assiégée par les chrétiens, et couvre de façon non linéaire les années 1490-1495. Un lexique extrêmement complet et précis vient achever le recueil. La culture maure, très présente, ne crée pas un simple effet de couleur locale : le poème, avec la précision de ses sources documentaires, révèle la foi musulmane transmuée en hymne amoureux. La figure de Jean de la Croix et l’illuminisme espagnol sont présents dans ce long poème dont l’auteur signale qu’il est « le mysticisme tourné de Dieu à la femme ».
Le Fou d’Elsa fait écho aux images du Cantique des cantiques, et son projet peut être mis en regard de celui de la Légende des siècles, de Hugo ; la marque du modèle romantique est présente dans l’inscription d’un rapport d’intertextualité avec Chateaubriand (Aventures du dernier Abencérage) ou Barrès, mais il permet surtout de voir apparaître la conception de l’histoire d’Aragon. En effet, dans le temps de la narration se tisse l’itinéraire d’une production poétique : l’ouverture signale que « Tout a commencé par une faute de français » et fait la genèse de ce qui a engendré le rêve andalou et suscité le déroulement de l’épopée. Le texte mobilise majoritairement les ressources traditionnelles du vers épique (le décasyllabe) et de l’octosyllabe. Le recours à la prose est marqué par un travail de scansion cadencée. La genèse de l’invention du poète, associée à l’épisode historique, fondateur d’une identité culturelle, vient faire du « Je » lyrique le « Fou ». Aragon devient le « medjnoûn », poète et prophète de la femme à venir. Le retour au passé n’est alors en rien un geste de reconstitution historique : l’histoire des Maures de Grenade est saisie de l’intérieur, en deçà du point de vue des assiégeants, les vainqueurs espagnols. De ce fait, la perception du caractère insuffisant, caricatural ou biaisé de l’histoire officielle est offerte au lecteur. Le dialogisme de l’écriture permet de saisir, assemblées, plusieurs strates temporelles : le passé rend visible le présent contemporain de la publication, celui de la guerre d’Algérie. Le « fou » propose d’imaginer l’avenir, selon les perspectives de « lendemains qui chantent », dans l’espace préservé du lyrisme poétique.
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