Le choix d'Encarta
Consultez les ouvrages concernant Histoire contemporaine, l' [Anatole France] et sélectionnés par l'équipe éditoriale d'Encarta
Recherche Encarta
Rechercher dans Encarta des informations sur Histoire contemporaine, l' [Anatole France]

Résultats avec Windows Live® Search

Afficher tous les résultats dans le contenu
Résultats avec Windows Live® Search

Histoire contemporaine, l' [Anatole France]

Article
Médias
Breslau (L. C.), Anatole FranceBreslau (L. C.), Anatole France
Plan de l'article
1

Présentation

Histoire contemporaine, l' [Anatole France], cycle romanesque d’Anatole France, paru d’abord sous forme de feuilleton dans la presse, puis publié entre 1897 et 1901 en quatre volumes : l’Orme du mail, le Mannequin d’osier, l’Anneau d’améthyste et M. Bergeret à Paris. Il s’agit probablement de l’œuvre majeure de France par sa liberté, son ton et son engagement dans l’affaire Dreyfus.

2

Une chronique provinciale sur fond d’affaire Dreyfus

En 1895, dans une ville moyenne de province, des intrigues animent la bonne société autour de la nomination d’un évêque (à cette époque elle relevait de l’État) et de la préparation des élections. Lucien Bergeret, modeste universitaire, pose un regard ironique sur ce monde, vit lui-même des déboires conjugaux et quitte sa femme (l’Orme du mail et le Mannequin d’osier). Mais bientôt l’affaire Dreyfus remue ce petit milieu provincial. Alors que l’Église et l’aristocratie réactionnaire espèrent l’utiliser pour renverser le régime républicain, les partisans de ce régime, tout à leurs intérêts immédiats, n’osent critiquer l’armée. Seul, ou presque, l’honnête Bergeret voit clair et affronte l’opinion nationaliste (l’Anneau d’améthyste). Il peut enfin partir à Paris (M. Bergeret à Paris) où il rejoint le petit groupe des dreyfusards, tandis que les milieux nationalistes bruissent de complots voués à l’échec.

3

Une construction très libre

L’Histoire contemporaine surprend. S’agit-il de la chronique détachée d’un monde provincial, d’un roman engagé, ou encore d’une description journalistique des enjeux politiques brûlants du moment ?

Pour comprendre la construction de l’ouvrage, il faut revenir aux conditions de son écriture. En 1896, Anatole France vient d’être élu à l’Académie française. C’est alors un auteur reconnu de romans charmants, un voltairien qui manie une ironie semblable à celle du siècle des Lumières dans un style très classique. L’étape suivante sera une petite série de nouvelles situées à l’époque contemporaine et publiées dans un périodique. France y brocarde les milieux ecclésiastiques de province. Bientôt ces nouvelles deviennent régulières et forment une suite qui prend, dès 1896, le titre général d’Histoire contemporaine. France n’a plus qu’à les remanier pour les éditer en volumes.

Cette œuvre suit donc un plan très libre, au gré des thématiques que France veut explorer : l’hypocrisie de l’Église catholique sous le concordat, la médiocrité du personnel politique républicain et la bêtise des milieux réactionnaires provinciaux. La personnalité de Bergeret unifie seule le texte. D’abord présenté comme un raté, il s’affirme de plus en plus comme le porte-parole de l’auteur. À travers les conversations des personnages, c’est presque toute la société française qui défile devant nous, car cette ville est un concentré des passions de l’époque. Au gré des intrigues locales et des rencontres de Bergeret se dessine une série de portraits pittoresques, toujours ironiques, parfois attachants ou cruels.

4

Une littérature engagée

C’est alors, après les deux premiers volumes, qu’une actualité brûlante rattrape Anatole France. Une question secoue alors tout le pays, le capitaine Dreyfus, seul officier juif de l’état-major, condamné comme espion allemand, est-il réellement coupable ? Tout naturellement, semble-t-il, « l’Affaire » apparaît dans la trame romanesque du futur Anneau d’améthyste, au début d’un chapitre, chez un libraire : « Comme on parlait de l’Affaire chez Paillot, dans le coin des bouquins, M. Bergeret, qui avait l’esprit spéculatif, exprima des idées qui ne correspondaient point au sentiment public. » Le cours de l’Histoire contemporaine, mais aussi de toute l’œuvre de France et de sa vie même, change à ce moment.

France s’engage alors publiquement aux côtés de Zola. L’Histoire contemporaine résonne de discussions politiques très engagées et précises, suivant de près l’actualité. M. Bergeret devient définitivement le porte-parole de son créateur et donne son titre au dernier ouvrage de la série, M. Bergeret à Paris. L’intellectuel sceptique s’engage et France semble de plus en plus pencher à gauche, et même vers les socialistes, Jean Jaurès en particulier, cité dans le roman. Le roman se mue en machine de guerre contre les anti-dreyfusards qui veulent s’appuyer sur l’armée et l’Église pour renverser le régime. France invente même dans M. Bergeret à Paris un nom pour ces séditieux restés depuis dans le langage courant, les « trublions ». Pourtant l’auteur sait ménager des moments intimes, où l’actualité s’éloigne et où Bergeret médite sur le temps qui passe, l’amitié ou la famille.

L’Histoire contemporaine garde donc pour ceux qui s’y aventurent la saveur classique d’un texte détaché, ciselé mais comme emporté dans une actualité fondatrice de notre siècle. C’est le XVIIIe siècle projeté dans le XXe, sous les traits d’un érudit sceptique mais passionné qui s’exclame (dans M. Bergeret à Paris) « Mais quand donc mon pays sera-t-il délivré de l’ignorance et de la haine ? »

Rechercher dans tout le texte de l'article
Afficher cet article au format imprimable
Envoyer




© 2008 Microsoft