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Pont sur la Drina, le [Ivo Andrić]

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Ivo AndrićIvo Andrić
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1

Présentation

Pont sur la Drina, le [Ivo Andrić], roman historique de Ivo Andrić, publié en 1945. Ce roman est son œuvre majeure et jouit d’une notoriété inégalée dans les pays de l’ex-Yougoslavie.

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Un pont au carrefour de cultures plurielles

Višegrad, petit bourg de la Bosnie orientale, possède un pont de pierre construit au xvie siècle sur ordre du grand vizir ottoman. Pendant trois cent cinquante ans, le roman suit la vie du pont et de ses alentours, sans jamais quitter, même un instant, l’horizon de la petite vallée qui enferme la ville. Les personnages se succèdent, alors que les événement historiques venus de l’au-delà de la vallée affectent les habitants : rétrécissement de la partie européenne de l’Empire ottoman, révoltes serbes ou musulmanes, intrigues des puissances extérieures, puis conquête austro-hongroise. Les trois communautés de la ville, musulmanes, serbes orthodoxes et juives, se côtoient, s’opposent, échangent, dans un immobilisme apparent symbolisé par le pont, immuable et beau. Mais arrive la Première Guerre mondiale, et le pont est partiellement détruit.

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Un roman clé pour la Bosnie et les Balkans

Ivo Andrić est né en Bosnie et toute son œuvre se situe dans ce pays montagneux des Balkans, un des derniers à avoir préservé — jusqu’aux événements récents — sa pluralité religieuse et culturelle. Andrić était, dès avant 1914, un partisan de l’unité yougoslave autour de la Serbie et exprime à lui seul les complexités de l’identité bosniaque : catholique, Croate de Bosnie donc, il a choisi de se définir comme Serbe, d’écrire dans cette variante de la langue serbo-croate et a exploré inlassablement dans toute son œuvre littéraire l’histoire et les mentalités de la communauté musulmane bosniaque. Il écrit ce livre pendant la Seconde Guerre mondiale, à Belgrade, alors que la Yougoslavie, qu’il a servie comme diplomate entre les deux guerres, et sa région natale sont soumises à un nouveau déferlement de violence. Comme la Chronique de Travnik, qu’il a écrite au même moment, il s’agit d’une longue réflexion sur la place de l’histoire dans la culture bosniaque, et plus généralement, balkanique.

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Le pont, personnage paradoxal

Le pont est la cause première de l’irruption de l’histoire, puisqu’il est à l’origine du nœud de communication, stratégique du point de vue économique et militaire, qui crée la ville. C’est pourquoi chaque événement majeur affecte ce pont : fortifié et surveillé à plusieurs reprises par l’armée, il devient un lieu de contrôle sanitaire lors des épidémies et finit même par être miné.

Le pont est pourtant également le symbole de l’immuable. Il exprime la réalité profonde de la ville, en ce qu’il est le seul personnage à traverser cette œuvre de bout en bout. Ainsi, le roman est scandé par des évocations du pont, intact et permanent. Les autres personnages passent, et n’ont pas d’existence romanesque au sens où ils ne sont habités d’aucun destin. Leur vie profonde, faite de passions simples, est immuable, et le roman n’insiste que sur les perturbations liées aux événements extérieurs. Le seul personnage qui ait une réelle consistance romanesque, l’hôtelière Lotika, juive originaire de Galicie, devient fou.

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