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Jadis et Naguère [Paul Verlaine], recueil de poèmes de Paul Verlaine, publié en 1884.
Jadis et Naguère marque le retour de Verlaine à une inspiration plus variée après l’expérience religieuse dont est tiré le recueil Sagesse. Nombre de pièces y sont dédiées à amis et poètes engagés dans des recherches proches des siennes, comme Mallarmé ou Villiers de l’Isle-Adam. Le recueil, en dépit d’une présentation apparemment organisée, regroupant d’une part les pièces de Jadis (« Prologue », « Sonnets et autres vers », « Vers jeunes ») et celles de Naguère (« Prologue », « Crimen amoris ») n’a pas de véritable unité : hétérogènes par leur forme, leur longueur, leur ton, les poèmes qui le composent ont aussi été écrits à des dates très variées. Alternent ainsi un certain lyrisme (« Paysage »), de l’ironie (« Clown »), de l’émotion (« Kaléidoscope ») et une tendresse nostalgique proche du ton des Fêtes galantes (« Circonspection », et le petit acte pastoral « les Uns et les Autres »).
Selon J. Borel, l’aspect disparate du recueil s’explique par la hâte avec laquelle il a été composé. Verlaine connaît alors une période difficile, de crise personnelle et d’inspiration, marquée par le décès de son ami Lucien Létinois. C’est également l’époque où la misère se fait sentir, où les tentations homosexuelles l’assaillent de nouveau, et d’une certaine manière le début de sa déchéance, la fin de sa vie étant marquée par l’alcool. Jadis et Naguère regroupe ainsi de nombreux inédits, comme les poèmes « réalistes » datant des années 1860 qui avaient été écartés de Sagesse en 1880. De nombreux autres textes étaient parus isolément dans des revues. C’est cette récupération qui fait écrire à J. Borel que le recueil est le « livre des expériences mortes, ou avortées ».
Dans l’ensemble, l’écriture verlainienne apparaît dans Jadis et Naguère plus empruntée, plus rhétorique que dans d’autres recueils. Le poète subit l’influence de Coppée, par exemple dans le poème « les Vaincus », dont la gestation fut difficile et prit plusieurs années, et qui subit de multiples remaniements. Il figure toutefois dans ce recueil une pièce fondamentale ; l’« Art poétique » résume la manière du poète : l’exigence musicale (« De la musique avant toute chose »), le rythme des vers impairs, la recherche de la nuance (« Pas la couleur, rien que la Nuance ! »), le refus de l’éloquence mais l’importance de la suggestion (« Prends l’éloquence et tords-lui son cou ») et le refus des contraintes artificielles avec notamment la dénonciation de la rime. On y retrouve enfin nombre de thèmes qui ont marqué l’écriture de Verlaine d’un recueil à l’autre : comme le rêve et la rêverie (« Kaléidoscope », « Intérieur »), ou encore le spectacle et la comédie allègre (« le Pitre », « Pierrot »).
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