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Jean-Christophe [Romain Rolland]

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Romain RollandRomain Rolland
Plan de l'article
1

Présentation

Jean-Christophe [Romain Rolland], cycle romanesque en dix volumes de Romain Rolland, publié de 1904 à 1912 (dans les Cahiers de la quinzaine, de Charles Péguy, puis chez l’éditeur Ollendorff), et récompensé par le Grand prix de l’Académie française en 1913.

2

Un musicien de génie perdu dans la tourmente du monde moderne

Jean-Christophe Krafft naît dans une modeste famille de musiciens allemands d’origine flamande, au bord du Rhin, (« Le grondement du fleuve monte derrière la maison. »). Il s’éveille à la vie et découvre la musique en tapant sur les touches d’un piano (l'Aube). Il passe vite pour un jeune prodige et devient à quinze ans le maître de chapelle d’une petite cour princière. Il aime Minna, fille de Mme de Kerich, amour auquel il doit renoncer à cause de son manque de fortune (le Matin). Il connaît d’autres amours, avec Sabine et Ada (l’Adolescent). Étouffant dans le conformisme moral, politique et esthétique de sa patrie allemande, chassé par le grand-duc, il s’enfuit à Paris (la Révolte). Mais la capitale française le déçoit par ses intrigues et sa corruption (la Foire sur la place). Un ami français, Olivier Jeannin, dont il avait rencontré la sœur Antoinette en Allemagne (Antoinette), lui montre le visage d’une autre France, plus positive (Dans la maison). Après avoir perdu sa sœur, Olivier se fourvoie dans un mariage manqué. Jean-Christophe retrouve de son côté Grazia, une italienne (les Amies). Il devient un compositeur célèbre. Mais il perd Olivier, tué lors d’une émeute, un 1er mai. Recherché par la police, il passe en Suisse, où il séduit l’épouse d’un ami (le Buisson ardent). Au terme de sa vie, bercé par « la divine musique », il aborde aux rivages de la mort en rêvant une dernière symphonie (la Nouvelle Journée).

3

« Roman musical » et « roman-fleuve »

Le premier volume de Jean-Christophe suit de près Vie de Beethoven, publié en 1903 dans les Cahiers de la quinzaine. De fait, le roman actualise l’image du grand musicien allemand, dans une figure exemplaire de génie créateur perdu dans la tourmente du monde moderne. Le personnage de Jean-Christophe est aussi une projection de Romain Rolland, auquel il emprunte traits biographiques et exaltations passionnées. Vers 1890, Rolland rêve d’un « roman musical », dont toutes les parties « doivent être issues du même sentiment général et puissant. Comme une symphonie est bâtie sur quelques notes exprimant un sentiment, qui se développe en tous sens, grandit, triomphe, ou succombe, dans la suite du morceau ». Des motifs sonores (le fleuve, les cloches) ponctuent ainsi le récit, qui est tout entier un hymne à la musique dans son contenu même. Écrit dans le contexte d’une montée des antagonismes entre la France et l’Allemagne, Jean-Christophe est aussi un grand roman européen, qui essaie de briser les stéréotypes belliqueux. Éloge de l’élan vital incarné par le fleuve, il souffre sans doute d’une écriture lyrique déjà passée de mode à sa publication. Entre Zola et Proust, Rolland tenta, comme il le dit en 1931, un « vaste poème en prose », qui « brisait délibérément avec toutes les conventions admises dans le monde littéraire français ».

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