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Jérusalem délivrée, la [le Tasse]

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Le Tasse, la Jérusalem délivréeLe Tasse, la Jérusalem délivrée
Plan de l'article
1

Présentation

Jérusalem délivrée, la [le Tasse], poème épique en vingt chants du Tasse, composé entre 1566 et 1575, publié une première fois en 1580 dans une édition partielle de seize chants, sous le titre de Goffredo, puis dans son intégralité en 1581 sous celui de Gerusalemme liberata.

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L’épopée des « armes pieuses » (chant premier, vers 1)

Si l’on « résume le résumé » que le Tasse a lui-même donné de son poème en 1576, la Jérusalem délivrée est l’histoire de la croisade de Godefroy, prince chrétien, et des princes alliés pour la délivrance de Jérusalem, alors aux mains des « infidèles » Sarrasins. Le récit s’ouvre ainsi sur le rassemblement des chrétiens devant la ville (chant I), pour se clore sur la prise de Jérusalem par les fidèles sous le commandement de Raymond de Toulouse et la mise en fuite de l’armée égyptienne par Godefroy (chant XX). Entre-temps, les prouesses se multiplient, tout comme les péripéties qui retardent l’issue de la guerre : combats singuliers aux portes de la ville — Clorinde et Tancrède (chant III), Argant et Dudon, Renaud et Gernant (chant V), Argant et Otton (chant VI), Tancrède et Argant (chant XIX) ; mais aussi intervention de démons (chant IV) et de l’archange Michel (chant IX), fabrication de machines de guerre (chant XI), sortilèges d’Ismen contre les chrétiens et prières de Godefroy (chant XIII), songe prémonitoire (chant XIV) ; trahisons (Argant, chant II) et révoltes dans le camp chrétien (chant VIII). Entre-temps également, la magicienne Armide aura usé de ruses (chant V) pour diviser les chrétiens (chant VII), ou retenir en son jardin le preux Renaud (chants XIV-XVI), et Herminie, fille du roi d’Antioche, aura rejoint le camp chrétien (chants VI et XIX). Et au chant XII, la belle Clorinde aura été tuée par son amant chrétien, Tancrède.

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L’érotisme et la guerre

Épopée chrétienne, la Jérusalem délivrée n’en obéit pas moins aux ambiguïtés de ses héros. Trois couples tissent ainsi, de chant en chant, le réseau serré de l’amour empêché et servi tout à la fois par la guerre : Tancrède (chrétien) et Clorinde (sarrasine), Tancrède et Herminie, secrète amoureuse réfugiée dans le camp infidèle, Renaud (chrétien) et Armide (magicienne sarrasine) : l’amour, la valeur et la séduction enrichissent de beaucoup l’inimitié religieuse. D’autant que les qualités des uns et des autres n’obéissent pas à une stricte répartition entre les sexes, mais s’échangent au gré des épisodes et des casques tombés au combat : virilité de Clorinde, féminité de Tancrède évanoui, blessé devant Herminie ; pouvoir ensorcelant d’Armide sur Renaud, mais victoire du paisible sommeil de Renaud sur la haine d’Armide — larmes des hommes en deuil, cris des guerrières délaissées. Il n’est ici aucun sentiment qui ne se retourne, les bras d’un amant deviennent ceux d’un meurtrier, les mains d’une magicienne se font celles, tendres, d’une amante — le Tasse n’est pas loin de conférer aux états d’abandon (à la blessure, au sommeil) un pouvoir plus grand que celui des armes. D’où la splendeur ambiguë de sa Jérusalem délivrée, véritable poème de la métamorphose, à la fois divers et unifié par la souplesse de la langue.

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Des amours européennes

La fortune du poème dans les arts sera considérable pendant plusieurs siècles. Son succès précède même la volonté du Tasse, encore interné à l’hôpital Sainte-Anne à Ferrare pour « forcènement » lorsque Angelo Ingegneri publie son poème sous le titre qu’on lui connaît aujourd’hui. L’auteur a pour sa part hésité entre une Jérusalem conquise ou reconquise et il ne reconnaît pas vraiment son œuvre ; il s’occupe donc de la refondre et donne en 1593 une Jérusalem conquise. Mais c’est bien pourtant la Jérusalem délivrée qui a fourni à la culture européenne des « schèmes » pour la sensibilité, des figures incarnant les passions — la préférence des artistes et des adaptateurs allant avant tout à leurs amours ambivalentes. Tout comme la peinture s’est occupée de figurer la sensualité de certains épisodes, les contrastes des armes et de la chair, la musique et l’opéra ont très tôt transposé les affects des héros tasséens. Depuis la fin du xvie siècle, une centaine d’opéras ont choisi le rapport amoureux conflictuel représenté par Renaud et Armide surtout, et dans une moindre mesure par Tancrède et Clorinde. Ainsi, Lully, Haydn, Haendel, Dvořák, Gluck et Rossini — et, dans la peinture, les Guerchin, Carrache et autres Dominiquin, sans compter les très nombreuses traductions dont le poème du Tasse a fait l’objet depuis la fin du xvie siècle — ont fait son immense postérité.

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