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Juif errant, le [Eugène Sue], roman-feuilleton d’Eugène Sue, paru en 1844-1845 dans le Constitutionnel.
Lorsqu’il fait paraître le Juif errant dans le Constitutionnel de juin 1844 à juillet 1845, Eugène Sue est déjà un feuilletoniste confirmé : les Mystères de Paris ont remporté, l’année précédente, un immense succès populaire. La publication du Juif errant coïncide avec celle du Comte de Monte-Cristo, et le succès de Sue pâlit devant celui de Dumas (voir roman-feuilleton).
Les héritiers d’un huguenot du nom de Rennepont doivent se trouver le 13 février 1832, avant midi, dans une maison parisienne, pour y recueillir un fabuleux héritage. Ils viennent de tous les horizons géographiques et sociaux : du prince hindou Djalma à l’industriel Hardy, en passant par l’ouvrier Jacques et le missionnaire Gabriel, de la riche Adrienne de Cardoville, aux filles du maréchal Simon. Mais la Compagnie de Jésus, incarnée par le père Rodin, monte d’ignobles machinations pour empêcher les héritiers — à l’exception du seul Gabriel, qui s’est engagé à faire don de l’héritage à la Compagnie — d’arriver à temps. Les jésuites n’hésitent pas à profiter de l’épidémie de choléra qui plane comme une menace sur tout le récit et qui semble suivre les pas du Juif errant. Malgré l’intervention du Juif et de la Juive errants, symboles du prolétariat, qui volent au secours des Rennepont, les jésuites parviennent à leur fin : les héritiers meurent, mais le trésor est détruit.
La légende, fort répandue au Moyen Âge, du Juif condamné à errer pour avoir insulté le Christ sur le chemin du Calvaire, connaît un renouveau à l’époque du romantisme : Goethe lui consacre un fragment poétique, publié seulement en 1830, Edgar Quinet une épopée en prose, publiée en 1833 : Ahasvérus. Sue s’empare donc d’un sujet en vogue et en fait le prétexte à une critique sociale et religieuse. Les apparitions dans le roman du Juif et de la Juive errants, bien que constituant de véritables morceaux d’anthologie, sont rares. Sue ajoute au procès du pouvoir économique celui du cléricalisme. Le ton se fait dur et pessimiste. L’écrivain vilipende l’ennemi juré des philosophes, la Compagnie de Jésus, qui fait alors l’objet d’un cours de Michelet et Quinet au Collège de France. Au Juif errant, qui expie une faute commise sur la personne du Christ et qui est racheté malgré son échec final s’opposent les jésuites, qui déforment la parole du Christ à des fins purement matérielles et qui seront finalement punis. La parole du Christ l’emporte sur les interprétations qui en sont faites.
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