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Résultats avec Windows Live® Search Natchez, les [Chateaubriand]Article
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Natchez, les [Chateaubriand], épopée en prose de François René de Chateaubriand, achevée vers 1800 mais publiée en son entier en 1826 seulement. D’avril à décembre 1791, Chateaubriand, qui a fui la Révolution, est en Amérique. Il en rapporte le manuscrit initial des Natchez (« quatre mille pages », prétendra-t-il dans les Mémoires d’outre-tombe), un ensemble de notes, d’esquisses et de brouillons, matériau littéraire pour ses œuvres à venir. C’est de la profusion des Natchez qu’il tirera en particulier Atala (1801), mais aussi nombre de pages du Génie du christianisme (1802) — d’où est extrait le court et déterminant récit de René (1802) —, des Martyrs (1809) et du Voyage en Amérique (1827). Cette bouillonnante matière verbale prend forme en 1826 avec l’épopée en prose (ou le roman épique) des Natchez proprement dits, monstre littéraire de cinq cents pages, composé d’une épopée de deux cents pages en douze chants, mêlant amours et violences, qui devient abruptement un roman dont les trois cents pages suffisent à peine à porter celles-ci à leur paroxysme.
La révolte de la tribu indienne des Natchez, en 1727 en Louisiane, sert de prétexte à une trame narrative complexe où s’entrecroisent plusieurs destins : celui de Chactas — qui, en sa jeunesse, a aimé Atala —, ceux du Français René, son fils adoptif, et du frère de sang de celui-ci, Outougamiz, mais aussi ceux de Céluta, épouse du Français, et de la petite Mila, qui aime en secret René. Le rôle du « méchant » est tenu par Ondouré, traître, violeur et assassin. Indiens et Français s’affrontent en combats formidables, dans la tradition homérique, mais où l’on perçoit aussi des échos du roman gothique anglais et du Bug-Jargal de Victor Hugo. Les morceaux de bravoure se succèdent, qu’ils soient guerriers ou érotiques (le bain de Mila), entrecoupés de scènes d’horreur et de descriptions monumentales. Le récit brouille les pistes, et le lecteur, jubilant et effaré, pris dans le tourbillon d’une écriture tout aussi spectaculaire que ciselée, est amené sans répit jusqu’au tableau final d’une Céluta violée, assise hagarde sur le cadavre sanglant de René, en prélude au massacre de la tribu par les Français.
Une lettre de Chateaubriand de 1798 nous apprend que celui-ci, sans le sou, songeait à publier « un roman à la mode, qui se vendra bien », intitulé René et Céluta. Roman, mais aussi épopée de l’homme de la Nature, l’œuvre trahit, par le biais d’aventures exotiques, les fantasmes et les pulsions de l’auteur de l’épopée — cette fois chrétienne — des Martyrs. La fiction est traversée d’obsessions charnelles ou morbides, de corps mutilés ou désirables qui révèlent une perception exacerbée de l’Autre et font de ce texte inclassable, nourri de références et d’allusions littéraires (de l’Arioste au Tasse, de la Bible aux récits des explorateurs et à Ossian), un miroir où se reflète le propre corps du Vicomte, dans l’exaltation conjuguée de la jouissance et de la douleur. Œuvre ouverte, œuvre-gigogne, les Natchez place Chateaubriand là où ses thuriféraires s’épouvantent de le trouver : entre Sade et Lautréamont.
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