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Nausée, la [Jean-Paul Sartre]

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Jean-Paul SartreJean-Paul Sartre
Plan de l'article
1

Présentation

Nausée, la [Jean-Paul Sartre], roman de Jean-Paul Sartre, publié en 1938.

De 1931 à 1938, Sartre travaille à son « factum sur la contingence », où Simone de Beauvoir lui suggère d’introduire du « suspense ». Après un séjour à Berlin, Sartre reprend en 1934 son poste de professeur au Havre. L’expérience de la mescaline — conduite auprès de son ami le docteur Daniel Lagache —, dont il escomptait qu’elle réglerait la question cartésienne de la différence entre représentations perceptives et oniriques, ouvre deux années terrifiantes, avec retour d’hallucinations. Sous le titre significatif de Melancholia, ce manuscrit des années havraises, d’abord refusé, est accepté par Jean Paulhan, le « patron » de la Nouvelle Revue française, avec l’accord du philosophe Brice Parain. C’est Gaston Gallimard qui lui trouve son titre définitif.

2

Une expérimentation pathologique de la perception

La Nausée se présente comme le journal intime d’Antoine Roquentin qui, la trentaine dépassée, s’installe à Bouville. Las de l’aventure et des voyages, il projette de terminer la biographie du marquis de Rollebon, homme fort laid qui séduisait toutes les femmes. Haïssant les bourgeois du Haut-Bouville, il loge près du port, à l’hôtel Printania. Il traîne, seul, dans les cafés, observant les autres avec un sentiment croissant d’« inquiétante étrangeté ». L’humain a peu d’existence, en dehors de quelques figures : une patronne de café, avec laquelle Roquentin a d’épisodiques copulations, l’étrange Autodidacte, et Anny, absente, qu’il aime probablement encore. À la fin de janvier, Roquentin rapporte une expérience singulière : sa perception du monde extérieur s’est modifiée, les qualités sensibles des choses se sont mises à l’agresser, un galet, sec et humide à la fois, l’a empli de terreur. Submergée par ce trop-plein d’être, la conscience de Roquentin commence par le vomir, puis tente d’apprivoiser ses vagues nauséeuses. Roquentin émerge de cette expérience existentielle, quittant à la fois Anny et Bouville.

3

Un récit philosophique

L’essentiel du roman est dans cette expérimentation pathologique de la perception et, au-delà, de l’appréhension de l’être. En dialogue avec la célèbre analyse du morceau de cire chez Descartes (Méditations métaphysiques, IIe Méditation), Sartre isole le problème de la conscience percevante qui conduit à l’épreuve de la qualité, celle des choses comme celle des êtres, dont l’Être et le Néant ne tardera pas à s’emparer philosophiquement. Ce galet, mais aussi cette bretelle bleu-violet, cette racine de marronnier manifestent irrésistiblement une contingence qui heurte le besoin de nécessité propre à la conscience.

Si, malgré le sujet, la Nausée ne « pue » pas « son professeur de philosophie », comme il fut dit alors, c’est à cause de la force dramatique et poétique donnée à l’expérience. Tandis que la nécessité s’incarne dans un air de jazz comme Some of These Days, ou dans les « moments parfaits » de l’amour selon Anny, la contingence réquisitionne le gluant, le moite, le visqueux, se fixe dans le « marron mou » où Gaston Bachelard sut voir, concrétisée, toute la hantise excrémentielle du Havre fantasmé en « Boue-Ville ». La singularité de la Nausée tient à cette façon de revisiter par le prisme d’un étonnement quasi infantile et d’une angoisse débordante, l’abstraction des textes majeurs de la philosophie.

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