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Résultats avec Windows Live® Search Ne me quitte pas [Jacques Brel]Article
Ne me quitte pas [Jacques Brel], chanson française écrite et mise en musique par Jacques Brel en 1959. Il y a quelques années, une étude menée par la Sacem auprès d'un échantillon de plusieurs milliers de personnes donnait « Ne me quitte pas » comme l'une des « plus belles chansons d'amour du siècle ». Et, de fait, pour beaucoup, celle-ci reste le chef-d'œuvre de Jacques Brel. Or ce dernier n'aimait guère cette chanson, dont il disait qu'elle symbolisait, à ses yeux, « l'amour lâche ». Une opinion, d'ailleurs, partagée par Édith Piaf, qui ajoutait : « Un homme ne devrait pas chanter des trucs comme ça ! » Pourtant de Frank Sinatra à Tom Jones, en passant par Johnny Hallyday, une multitude de chanteurs, de par le monde, ont repris le succès de Brel, dont on recense des adaptations aussi bien en néerlandais qu'en allemand, suédois, danois, finnois, serbo-croate, japonais, russe, italien, espagnol, hébreux, etc. Avec, parfois, plusieurs versions dans la même langue, voire plusieurs versions pour le même interprète. Ainsi Nina Simone l'a-t-elle enregistrée plusieurs fois en anglais ; tandis que Brel lui-même l'a chantée en français et en flamand. Comme souvent, Brel utilise ici un procédé d'écriture fondé sur une progression ; mais, à l'inverse de ses crescendos habituels, celui-ci tend inexorablement vers la déchéance. Partant d'une proposition, somme toute banale (« Oublier le temps / Des malentendus / Et le temps perdu… »), le personnage s'enferre peu à peu dans un réseau inextricable de promesses vaines, irréalistes et pathétiques, qui ne seront bientôt plus que des esquisses de promesses. Délaissant l'affirmation au profit du « paraît-il », puis renonçant même à tout gage d'amour, d'affection ou simplement de tendresse, il n'implore plus finalement que le droit de rester présent. Pas même comme un objet, mais comme une ombre… La progression est achevée et le héros a abdiqué toute dignité, voire toute personnalité. Une chanson extrêmement noire, dont Brel affirmait encore qu'elle montrait « jusqu'où un homme peut s'humilier… ». Plusieurs femmes ont revendiqué le triste honneur d'avoir inspiré « Ne me quitte pas », dont Suzanne Gabriello, qui eut, il est vrai, une longue liaison passionnée et entrecoupée de ruptures douloureuses avec le chanteur. Mais, qu'importe l'anecdote personnelle, car « Ne me quitte pas » atteint une dimension universelle dans sa façon de peindre l'impuissance devant la décomposition de l'amour, et ce sentiment intense d'abandon à l'approche de la séparation. De plus, il est fort probable que Jacques Brel, lecteur assidu et attentif, ait emprunté à certains de ses auteurs favoris l'image du chien, qui marque le sommet de sa désespérance. Ainsi Dostoïevski, dans le Journal d'un écrivain, s'adresse-t-il à l'héroïne de « la Douce » en ces termes : « Je ne te demanderai rien, rien de plus […] Ne me réponds rien, ne fais même pas attention à moi, laisse-moi seulement te regarder de mon coin, fais de moi ta chose, ton chien… ». De même que Federico García Lorca écrit, dans le poème « Casida del sueño al aire libre » : « Si tu es mon trésor caché, / Si tu es ma croix et mon chagrin mouillé, / Si je suis le chien de ta seigneurie, / Ne me laisse pas perdre ce que j'ai gagné… », où se retrouvent tout à la fois — comme dans « Ne me quitte pas » — l'idée de trésor, d'eau et de royauté, et toujours l'image servile du chien.
Sélection discographique :
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