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Paradis artificiels, les [Charles Baudelaire], essai de Charles Baudelaire, publié en 1860 et composé de deux textes, le Poème du haschisch et Un mangeur d’opium. L’habitude veut que Du vin et du haschisch comparés comme moyens de multiplication de l’individualité, publié en 1851, figure dans les Paradis artificiels, mais ce n’était pas l’intention de Baudelaire.
Vers 1840 le haschisch et l’opium suscitent l’intérêt des médecins ; la consommation en est à la mode dans le milieu des rapins et des écrivains (Gautier y consacre plusieurs articles) et ne suscite pas de réprobation. De 1843 à 1845, Baudelaire est un consommateur occasionnel de haschisch. De 1850 à sa mort, il prend assidûment de l’opium (sous forme de laudanum, en vente libre) au point de ne pouvoir s’en passer.
Après une partie didactique consacrée à l’histoire, au traitement et au mode d’emploi du haschisch, Baudelaire décrit ses effets : sous son influence, le temps et l’espace se dilatent et l’homme se prend pour Dieu. Puis il condamne ce moyen trop facile et sacrilège d’accéder à une divinité illusoire. Un mangeur d’opium est une traduction très libre, ou plutôt une adaptation, des Confessions d’un mangeur d’opium anglais (1822) de Thomas De Quincey. Aux voluptés de l’opium, que l’écrivain anglais utilise d’abord pour calmer la faim et la souffrance physique, succèdent vite les tortures de la dépendance. Condamné à subir des images obsédantes qu’il ne maîtrise plus, il assiste impuissant au naufrage de son intelligence, de sa volonté et de ses facultés créatrices. Baudelaire voit en De Quincey un frère en malheur et en poison auquel il voue une compassion douloureuse.
D’un sujet sans originalité à son époque, Baudelaire donne une interprétation neuve et personnelle. Le recours aux paradis artificiels qu’il interprète comme une perversion du « goût de l’infini » ne se comprend qu’en référence à sa vision de l’homme livré au spleen et aspirant à l’idéal, victime inconsciente des manipulations sataniques. Les tentations du haschisch ne prennent leur sens qu’au regard de ses aspirations de poète : découvrir des sensations et des images nouvelles, porter un œil neuf sur un monde enfin cohérent parce que les correspondances en deviennent déchiffrables. Enfin s’il condamne les paradis artificiels, ce n’est pas au nom de la morale des bien-pensants, mais de celle des poètes : l’ivresse artificielle ne peut remplacer l’imagination nécessaire à l’écrivain ; elle ne donne pas de talent à qui en est dépourvu et s’attaque à la volonté sans laquelle il n’y a pas de création. Apologie de la maîtrise de soi, nécessité de la concentration et de l’ascèse : on retrouve dans cette conclusion les leitmotive de l’éthique et de l’esthétique de Baudelaire.
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