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Poèmes saturniens [Paul Verlaine]

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Verlaine, Mon rêve familierVerlaine, Mon rêve familier
Plan de l'article
1

Présentation

Poèmes saturniens [Paul Verlaine], recueil de poèmes de Paul Verlaine, publié en 1866 et regroupant des pièces de jeunesse.

2

Un recueil disparate

Les Poèmes saturniens se composent d’un prologue, suivi de quatre ensembles de cinq à huit poèmes chacun (Melancholia, Eaux-fortes, Paysages tristes et Caprices), puis de douze pièces isolées, et enfin d’un épilogue. Il n’y a pas de parenté strophique ou métrique d’un poème à l’autre, y compris à l’intérieur d'un même ensemble. Ce recueil est traditionnellement désigné comme parnassien, tant par la critique que par le poète lui-même (Eaux-fortes est d’ailleurs dédié, par exemple, à François Coppée). Toutefois, à maintes reprises les particularités stylistiques de Verlaine, qu’il codifiera ultérieurement dans son « Art poétique » (Jadis et Naguère, 1884), viennent mettre en cause cette filiation trop voyante : rejets et contre-rejets, accélération du rythme, ironie en sont autant de traits.

3

Une mise en scène de la douleur

À travers ce recueil, le poète, qui se place sous le signe de Saturne, exhibe son malheur en créant dans ses pièces une atmosphère mélancolique : « Le chagrin qui me tue est ironique, et joint / Le sarcasme au supplice […] / Et transforme en spectacle amusant mon martyre… » (« Jésuitisme ».) Par-delà les motifs propres à chaque ensemble, on relève la récurrence de la peinture de l’amour malheureux, de la mélancolie et de la solitude. Melancholia, qui comprend le très célèbre « Mon rêve familier » (« Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant / D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime… »), est ainsi consacré à l’amour enfui ou impossible, à ses souffrances, à ses mensonges. Les Paysages tristes, quant à eux, sont des rêveries poétiques autour de la lumière du couchant, dont l’ambiance crépusculaire est l’image de la souffrance et de la solitude (voir la « Chanson d’automne »). Dans les Caprices, enfin, sont croquées des figures de femmes empreintes de duplicité, affichant tour à tour la fausseté féline (« Femme et chatte »), la froideur (« Une grande dame ») ou la prétendue ingénuité (« la Chanson des ingénues »).

4

Picturalité

Dans ces Poèmes saturniens, Verlaine se réfère assez largement à la peinture. Les pièces regroupées sous le vocable pictural d’Eaux-fortes en particulier sont à comprendre comme une série de tableaux illustrant chacun un type de représentation graphique (« Croquis parisien », « Marine », « Grotesques »). D’une manière plus générale, son art poétique repose ici essentiellement sur l’évocation picturale d’un paysage, d’un personnage ou d’une scène : les couleurs vives qui animent « l’Heure du Berger » (« La lune est rouge au brumeux horizon »), les gris et noirs qui composent « Effet de Nuit » (« La nuit. La pluie. Un ciel blafard que déchiquette / De flèches et de tours à jour la silhouette / D’une ville gothique éteinte au lointain gris… ») l’illustrent nettement ; enfin dans « la Nuit du Walpurgis classique », le poète clôt avec humour la description du décor de la scène de sabbat par ce commentaire : « un Watteau rêvé par Raffet ».

Dans un esprit certes bien différent de celui des légères Fêtes galantes (1869), le poète inaugure ainsi ici une des techniques fondatrices de son œuvre à venir.

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