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Retour de l'URSS [André Gide], récit et essai politique d’André Gide, publié en 1936. Ce petit livre d’une centaine de pages, est le récit du voyage fait en URSS par le grand écrivain français entre juin et août 1936. Né de l’urgence de s’opposer à la propagande soviétique, il raconte la réalité de l’URSS telle que l’auteur l’a vue, les réussites qu’on lui a montrées mais aussi et surtout la dictature monolithique qu’il a observée derrière le faux enthousiasme collectif. Il s’agit donc, malgré les précautions que l’auteur prend, d’une dénonciation claire du stalinisme.
Depuis le début des années trente, l’écrivain s’est clairement engagé à gauche en se rapprochant de plus en plus du Parti communiste. Sa célébrité et sa personnalité en faisant un atout considérable pour le parti, il est invité en URSS. Il accepte, avec quatre de ses amis, en juin 1936. Tout est alors fait pour qu’il revienne enthousiaste : voyage luxueux et réceptions fastueuses, honneurs propres à le flatter, visites soigneusement préparées de sites « modèles ». Pourtant, il prend le risque à son retour de se faire attaquer par ses anciens amis. Dès le début du livre, il explique sa démarche : c’est l’homme libre en lui qui a réagi. Il applique la même démarche qui l’a fait dénoncer les exactions du colonialisme français dans son Voyage au Congo (1927) et Retour du Tchad (1928). Gide est trop anticonformiste pour ne pas se méfier de l’unanimisme. Il voit bien qu’en URSS aucune critique n’est possible. Et puis il observe, il voit les queues devant les magasins, la pauvreté du peuple des rues et l’émergence d’une nouvelle bourgeoisie. Le culte de la personnalité de Staline, omniprésent, le choque également. Bref, et malgré les précautions qu’il prend de noter tout ce qui l’a favorablement impressionné, ses prises de position sont implacables : « Et je doute qu’en aucun autre pays aujourd’hui, fût-ce dans l’Allemagne de Hitler, l’esprit soit moins libre, plus courbé, plus craintif (terrorisé), plus vassalisé. »
Dès sa publication, le livre suscite des réactions nombreuses et vives. La grande machine communiste réagit par des attaques en règle contre cet écrivain « bourgeois », des intellectuels comme Louis Aragon ou Romain Rolland sont mobilisés pour ridiculiser le livre et son auteur. À gauche seuls les trotskistes, comme Boris Souvarine, soutiennent totalement le livre, tandis que la droite l’approuve sans surprise. Le succès public est considérable (neuf éditions avant-guerre). Mais Gide ne recule pas devant les attaques, bien au contraire. Il persiste en publiant en juin 1937, ses Retouches à mon retour de l’URSS. Gide, qui a fait alors des recherches, élargit son témoignage à une critique systématique du stalinisme. L’importance considérable du texte tient à la personnalité de l’auteur. Les récits désillusionnés de voyages en URSS abondent, mais André Gide apportait en 1936 une caution non partisane à l’antistalinisme, celle d’un des grands esprits libres du siècle.
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