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Semaine sainte, la [Louis Aragon]

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Louis AragonLouis Aragon
Plan de l'article
1

Présentation

Semaine sainte, la [Louis Aragon], roman de Louis Aragon, publié en 1958.

Après avoir interrompu le temps fictionnel du roman les Communistes (dernier volume du Monde réel) en juin 1940, au lieu de couvrir la période entière de la Seconde Guerre mondiale comme il l’avait annoncé, l’écrivain conçoit le projet d’un travail sur David d’Angers qui traiterait de la période qui va de 1814 à 1856. Il renonce de nouveau à cette ambition romanesque pour concentrer la durée chronologique sur sept jours de mars 1814 et produire la Semaine sainte, qui connaît, dès sa sortie, un grand succès critique.

2

Le chemin d’un peintre dans les déroutes de l’Histoire

Le héros du roman porte l’identité du peintre romantique Théodore Géricault. Le jeune homme a renoncé à peindre, il est engagé volontaire et mousquetaire gris du roi Louis XVIII. Au matin des Rameaux, le 19 mars 1814, il subit avec ses compagnons l’agitation parisienne : Napoléon Ier, revenu de l’île d’Elbe, marche sur Paris. Après avoir rencontré un fervent de son art, Théodore a la tentation de rester dans la capitale et de renouer avec l’atelier. Le discours du vieux roi impotent l’émeut pourtant et il décide de le suivre dans sa fuite vers le Nord. Il fera le trajet, sur les routes de la débâcle, dans la boue, la pluie, l’humiliation, jusqu’à la dispersion finale, à Béthune. Au matin de Pâques, il fait de nouveau route vers Paris, pour accomplir son destin de peintre.

3

Un réalisme poétique

Le roman s’ouvre sur une annonce provocatrice puisqu’Aragon affirme : « Ceci n’est pas un roman historique. » Pourtant, la qualité documentaire du texte est incontestable et son caractère de reconstitution minutieuse a été salué par la critique lors de sa publication. Certes, la similitude des noms ne peut suffire à faire de la Semaine sainte une biographie de Géricault. Le héros emprunte ici des traits au personnage réel qui est son « pilotis » (selon le mot de Stendhal, cher à Aragon), mais, conformément à la « méthode » de l’écrivain, la stratégie dialogique du roman rend le projet plus complexe. La déroute du vieux roi fait explicitement écho à la guerre de 1914-1918, la boue du Pas-de-Calais englue les soldats fatigués, à la fois dans le temps de la fiction et dans la mémoire de l’histoire récente. Une digression introduit une rêverie de l’auteur sur un épisode autobiographique daté de novembre 1919 : Théodore est alors un double, un frère : il prend pour modèle l’ami d’Aragon, Théodore Fraenckel, rencontré en 1916 dans les tranchées et référence pour les jeunes dadas ou surréalistes des années vingt. Le personnage ne sait quel parti prendre pour suivre avec justesse l’histoire, et son uniforme d’aristocrate le place en conflit de classe avec les gens chers à son cœur. Dans un mouvement de métaphorisation généralisée, le désastre de 1940 est ainsi convoqué. Les méandres d’une conscience qui s’éveille dans la débâcle, le tressage des détails avec le cadre strict d’une topographie précise et d’une durée limitée font de ce texte un exemple remarquable de l’ambition d’Aragon. Le roman sert ainsi « à transformer, au niveau du langage, la conscience humaine », il est « un moyen pour connaître le monde ».

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