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Y'a d'la joie [Charles Trenet]

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Charles TrenetCharles Trenet

Y'a d'la joie [Charles Trenet], chanson française écrite en 1937 par Charles Trenet et mise en musique par Charles Trenet et Michel Emer.

Il ne suffit pas forcément à une chanson d'être bonne pour avoir du succès, encore faut-il qu'elle tombe au bon moment ; ce qui fut exactement le cas de « Y'a d'la joie », lors de sa création, par Maurice Chevalier, en 1937 ; c'est-à-dire en plein dans l'euphorie des retombées du Front populaire.

Après avoir fait ses débuts en chanson, en compagnie du compositeur et fantaisiste suisse Johnny Hess, au sein du duo Charles et Johnny, Charles Trenet est appelé sous les drapeaux en 1936. Cette rupture obligée ne l'empêche pas de continuer à écrire, pour s'évader de la grisaille de la caserne ; ainsi, de son propre aveu, aurait-il composé « Y'a d'la joie » « en balayant la cour, pour [se] donner du courage ».

Maurice Chevalier est, alors, la plus grande vedette masculine du music-hall français, et l'éditeur Raoul Breton le convainc d'inscrire la chanson à son répertoire. S'étant fait une spécialité d'un répertoire boulevardier, plein de gouaille et de complicité goguenarde avec le public, Chevalier hésite devant cette poésie légère et surréaliste, et devant certaines images qui lui semblent relever de la plus pure extravagance : « La tour Eiffel part en balade / Comme une folle elle saute la Seine à pieds joints. » Sous la double influence de Mistinguett et de Raoul Breton, l'homme au canotier finit par se laisser fléchir, et l'accueil du public est enthousiaste. Á quelques mois de sa libération, Charles Trenet est lancé et, pour tous, il est désormais « le fou chantant ».

Outre ses qualités intrinsèques (mélodie swinguante, vive et accrocheuse, paroles pleines d'optimisme et de joie de vivre, où le réalisme quotidien — le boulanger, le facteur, le métro, le percepteur — se mêle à la plus extrême fantaisie), « Y'a d'la joie » doit une bonne part de son succès à sa parfaite concordance avec les préoccupations de l'époque. Même si, politiquement parlant, le Front populaire connaît de grandes difficultés — le gouvernement de Léon Blum, porté au pouvoir le 4 juin 1936, a été mis en minorité à la Chambre, le 22 juin 1937 — ses retombées sociales commencent à se faire sentir dans la vie de tous les jours. Avec, comme mesures symboliques entre toutes, l'instauration de la semaine de quarante heures, de substantielles hausses de salaires et la création des congés payés. Désormais la notion de vacances est une réalité sociale, et des dizaines de milliers d'ouvriers découvrent la mer, la campagne et la montagne, les joies de la bicyclette (bientôt surnommée « la petite reine »), et l'ambiance bon enfant des premières auberges de jeunesse. Sans le savoir encore, la société française vient d'entrer dans la civilisation des loisirs, et chacun chante « Y'a d'la joie ». D'autres chansons de Charles Trenet, telles que « Je chante » (1937), « En quittant une ville » (1938), « Boum ! » (1938) ou « la Route enchantée » (1938) participeront de cette même liesse, faisant de leur auteur le chantre le plus représentatif de l'esprit du Front populaire.

Dans peu de temps, bien sûr, la guerre viendra tempérer cette belle euphorie ; mais, pour l'heure, chacun choisit d'ignorer les menaces qui grondent aux frontières, la jeunesse entière s'amuse et s'étourdit, se reconnaissant dans ce chanteur hors norme qui parle de soleil et de bonheur de vivre.

Sélection discographique :

  • Charles Trenet, Y'a d'la joie (EMI – 790 631-2)
  • Charles Trenet, le Meilleur de Charles Trenet (EMI – 829 890-2)
  • Charles Trenet, le Fou chantant en public (EMI – 792 984-2)
  • Maurice Chevalier (Disques Accord – 100 792)

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