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Présentation ; Un produit du jazz américain et de la crise des années trente ; Legrand, Ventura, Hélian et les autres
grands orchestres attractifs et chantants, genre musical français d’inspiration américaine, dont la vogue correspond, en France, à une période de temps bien définie (de la fin des années vingt au début des années cinquante) et relativement courte, puisque tout est dit et consommé en un peu plus de vingt-cinq ans.
Outre qu’elle correspond à l’arrivée du jazz en France, cette période coïncide également avec l’immédiat avant-guerre, lui-même marqué par les conséquences de la grande crise économique de 1929 (qui n’atteint vraiment l’Europe qu’au début des années trente), et par l’arrivée au pouvoir du fascisme mussolinien en Italie, du nazisme en Allemagne et du franquisme en Espagne. Le tout sur fond de grèves longues et difficiles (qui aboutissent à l’avènement du Front populaire, en 1936), d’affaires plus ou moins sensibles et / ou scandaleuses (affaire Stavisky, assassinat du président Doumer, valse des ministères, assassinat à Marseille du roi Alexandre de Yougoslavie) et de manifestations violentes, liées à la montée en puissance des ligues nationalistes développant un antiparlementarisme virulent (Action française, Croix-de-Feu, Ligue des patriotes, etc. ; voir ligues d’extrême droite). Bref, les temps sont extrêmement durs et le public ne demande qu’à oublier ses soucis pour se convaincre que tout cela « vaut mieux [au fond] que d’attraper la scarlatine » et que, malgré tous ces bruits de bottes aux frontières de l’Hexagone, « Tout va très bien madame la marquise », comme le chantent avec entrain les Collégiens de Ray Ventura.
Toutes les formations françaises qui illustrent le genre se revendiquent, peu ou prou, de l’influence du jazz band de l’Américain Paul Whiteman. Raymond Legrand (père de Michel) travaille même pendant plusieurs saisons aux États-Unis, aux côtés de Whiteman lui-même, avant de rentrer en France pour y devenir « l’arrangeur américain » des Collégiens, en attendant de monter son propre orchestre. Bien que n’ayant pas connu de succès comparables à ceux de Ray Ventura, Jacques Hélian, Fred Adison, Raymond Legrand, Jo Bouillon et consorts, le premier grand orchestre attractif français est celui de Grégor et ses Grégoriens, formé en 1928, soit un an avant les Collégiens de Ray Ventura qui deviennent rapidement la référence absolue en la matière. Parmi la toute première équipe réunie par Ventura, il convient de distinguer tout particulièrement le pianiste-compositeur Paul Misraki, le guitariste-compositeur Loulou Gasté, et le chanteur-percussionniste Coco Aslan. Sans oublier le parolier André Hornez, inventeur du mot zazou, qui connaîtra un engouement inattendu sous l’Occupation. Historiquement, la vogue des grands orchestres chantants s’achève en 1956, lorsque Jacques Hélian se voit contraint de prendre sa retraite, faute de pouvoir continuer à entretenir une formation devenue trop coûteuse et trop lourde à gérer. Mais, vers la fin des années soixante-dix, à l’initiative de François et Xavier Thibault (fils de Jean-Marc, le comédien), le Grand Orchestre du Splendid tente de relancer le genre et connaît quelques jolis succès (« Macao », « la Salsa du démon »), avant de se séparer à son tour au terme d’une petite dizaine d’années d’intense activité, ponctuées de mémorables prestations scéniques et de nombreuses apparitions télévisées.
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