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Accordée de village, l' [Jean-Baptiste Greuze], tableau exécuté en 1761 par Jean-Baptiste Greuze. Le titre complet (Un mariage, et l’instant où le père de l’accordée délivre la dot à son gendre) du tableau (huile sur toile, 92 x 117 cm, musée du Louvre, Paris) explicite la cérémonie de la promesse de mariage au cours de laquelle le contrat est dressé devant notaire. La scène, véritable galerie théâtrale de douze personnages, réunit la famille, le promis et le notaire en un demi-cercle allongé en frise qui offre toute une gamme d’émotions et de sentiments. Les détails, d’un symbolisme touchant, abondent, telle la poule et sa couvée en contrepoint de la mère et ses enfants, mais parfois plus obscurs, comme le personnage qui disparaît furtivement dans l’escalier (alors qu’il est complètement visible dans un dessin préparatoire) ou la porte du placard ouverte sur une marmite et un chiffon suspendu. Scène rustique, d’un puissant caractère narratif, riche en indications réalistes, d’une lisibilité parfaite, le tableau connaît un immense succès dès son exposition au Salon de 1761, dont témoignent en termes enthousiastes le collectionneur Pierre Jean Mariette, Grimm et Diderot. La même année, la troupe des Comédiens-Italiens reprend à son compte ce succès en mettant en scène dans les Noces d’Arlequin un « tableau vivant » inspiré de la toile. Scène de genre où se lit l’admiration portée aux maîtres flamands (Van Dyck, Rembrandt, Rubens) et à Poussin, le tableau prétend à un sérieux digne de la peinture d’histoire. En tentant le « grand genre » pour sa réception à l’Académie en 1769 (l’Empereur Sévère et son fils Caracalla, musée du Louvre, Paris), Greuze, peu convaincant, essuie un échec. C’est dans la peinture de genre qu’il va faire passer le souffle de la peinture d’histoire, dans une version moderne où l’expression des passions atteint une réelle force dramatique, voire pathétique, qui entraîne la participation du spectateur (la Malédiction paternelle en deux tableaux : le Fils ingrat et le Fils puni, 1778-1779, musée du Louvre). Il invente un nouveau type de sujet, propre à toucher la nouvelle bourgeoisie, où la noblesse est celle que confèrent le caractère et l’action. Les héros sont ceux d’une morale quotidienne, populaire et sentimentale, cette « morale en peinture » dont Diderot se fait le chantre et que la gravure va perpétuer tout au long du XIXe siècle.
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