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Extase de sainte Thérèse, l' [le Bernin]

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Le Bernin, l'Extase de sainte ThérèseLe Bernin, l'Extase de sainte Thérèse

Extase de sainte Thérèse, l' [le Bernin], groupe en marbre du sculpteur italien Gian Lorenzo Bernini, dit en France le Bernin, commandé en 1644 et terminé en 1652.

Ce groupe est une commande du cardinal vénitien Federigo Cornaro pour la chapelle de sa famille située dans le transept gauche de l’église de Santa Maria della Vittoria à Rome.

Thérèse d'Ávila y est représentée la tête renversée, alors qu’un chérubin soulève un pli de sa bure et va la pourfendre de « son long dard en or » (selon l’expression utilisée dans la bulle de la canonisation de Thérèse d’Ávila en 1622). Le drapé fluide et la chevelure de l’ange refluant vers le haut indiquent que celui-ci descend du ciel. La main et le pied nu gauches inertes de la sainte, ses yeux révulsés et mi-clos ainsi que ses lèvres entrouvertes traduisent l’abandon mystique relaté comme une expérience à mi-chemin de la vie et de la mort.

Le nuage en apesanteur situe la scène entre terre et ciel ; soit, dans la chapelle, entre le plafond où des anges écartent des nuages en stuc qui laissent pleuvoir la lumière émanant de la colombe du Saint-Esprit, et le pavement funéraire de la chapelle décoré de deux squelettes qui gesticulent. En montrant la sainte déjà touchée en esprit avant de l’être dans sa chair, le Bernin fait coexister l’émission et la réception de la flèche : l’union mystique est paradoxalement exprimée par la divergence physique des protagonistes.

La chapelle est conçue comme un écrin requérant toutes les ressources des arts : architecte, il dessine un édicule au fronton cintré et brisé ; portraitiste, il représente les huit cardinaux Cornaro en trompe l’œil sur les faces latérales de la chapelle, s’entretenant, comme dans une loge d’opéra, du spectacle qui leur est pourtant invisible ; décorateur, il s’attache à une multitude de détails et agence admirablement les marbres jaunes, gris et verts, et enfin scénographe, il joue astucieusement de la lumière naturelle dont la source, dissimulée et filtrée à travers un verre jaune, éclaire les protagonistes.

L’illusionnisme de l’ensemble fait osciller le spectateur, dont l’adhésion affective est sollicitée, entre les deuxième et troisième dimensions, comme entre la réalité d’un fait fantasmé et la fiction d’une vision tangible. Si les églises du Bernin à Castel Gandolfo ou à Ariccia sont également conçues comme des théâtres de la révélation religieuse, la chapelle Cornaro constitue sans doute l’apothéose de sa carrière d’artiste polyvalent.

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