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Pèlerinage à l'île de Cythère [Antoine Watteau]

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Watteau, Pèlerinage à l'île de CythèreWatteau, Pèlerinage à l'île de Cythère

Pèlerinage à l'île de Cythère [Antoine Watteau], peinture de Watteau, exécutée en 1717 comme œuvre de réception à l’Académie royale.

Le titre, ainsi mentionné dans le compte-rendu de réception, mais corrigé en Une fête galante pour justifier la création par Watteau d’un nouveau genre, non mythologique, a été longtemps déformé en Embarquement pour Cythère, aujourd’hui réservé à la version de 1718-1719 conservée au château de Charlottenbourg à Berlin.

Départ joyeux pour Cythère, l’île d’Aphrodite, ou retour mélancolique, l’exégèse du tableau (huile sur toile, 129 x 194 cm, musée du Louvre, Paris) n’a jamais su réellement conclure, et c’est peut-être l’art de Watteau d’avoir mêlé l’amour et la nostalgie. Dans un large paysage souple et vaporeux, la scène est composée à la manière vénitienne, en léger surplomb et en plans successifs. Elle est encadrée comme une scène de théâtre, avec à gauche un rocher escarpé et la ponctuation du baldaquin de la barque, et à droite des frondaisons denses et la silhouette de la sculpture d’Aphrodite. Décentrée sur la gauche, elle semble se lire à partir de la droite : sous le regard de la déesse de l’Amour, un couple de face qui converse tendrement, puis un couple qui se relève, puis un troisième qui s’apprête à descendre dans l’embarcation, alors que la femme tourne la tête vers l’arrière. Plus bas, trois autres couples s’approchent de la barque et deux autres, de dos, sont sur le point d’embarquer. En symbiose avec la musique de son temps, celle de Couperin, Watteau procède en couleurs claires d’un éclat délicat (débarrassées depuis 1984 des vernis qui les brunissaient), en touches rapides et libres.

La nature, sauvage mais douce, floue dans le lointain, évoque plutôt les lieux de séjour proches de Paris avec leurs parcs et bosquets comme à Versailles, Saint-Cloud ou Sceaux, qu’on retrouve dans l’Assemblée dans un parc (1716-1717, musée du Louvre, Paris). Le thème des « Fêtes galantes », nouveau en peinture, mais déjà abordé en littérature et notamment au théâtre, évoque les plaisirs et les divertissements d’un art de cour alors en déclin. L’île de Cythère, résidence d’Aphrodite et de l’Amour, est à la mode dans les spectacles aussi bien de l’Opéra que des tréteaux des foires de Saint-Laurent et de Saint-Germain. Il y a de cette légèreté-là dans la peinture de Watteau, jusque dans la nuance de tristesse.

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