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Supplice de Prométhée, le [Gustave Moreau]

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Moreau, le Supplice de ProméthéeMoreau, le Supplice de Prométhée

Supplice de Prométhée, le [Gustave Moreau], tableau de Gustave Moreau, exécuté en 1868.

L’œuvre (peinture à l’huile sur toile, 205 x 122 cm, Musée national Gustave-Moreau, Paris) représente Prométhée enchaîné au rocher, le flanc ouvert par la blessure infligée par un vautour qui lui dévore le foie de son bec. Un autre rapace, mort à ses pieds après avoir accompli sa besogne, indique que la perpétration du supplice est sans fin. Toutefois, l’immobilité figée du supplicié traduit non seulement une résignation fière, mais, au-delà, une attitude volontaire qui augure d’une délivrance. Jeune, d’une musculature virile d’académie (ce qui est rare chez Gustave Moreau), d’apparence sculpturale (la peinture s’inspire d’une sculpture de James Pradier), le Titan est baigné par une lumière dorée qui donne de la précision à la figure et contraste avec le paysage lointain et flou puis avec le rocher indéterminé, presque abstrait, à l’arrière de cette figure. Le vautour remplace l’aigle du mythe, « le plus noble et plus royal des animaux », qui ne saurait être dans l’esprit de Moreau « bourreau et tortionnaire ».

Souvent utilisée dans la littérature du XIXe siècle, la figure de Prométhée se confond ici avec l’image convenue du Christ, dont il est, selon Théophile Gautier, la « prédiction païenne », rejoignant ainsi une tradition transmise par les rosicruciens. Celui qui est supplicié pour avoir révélé le feu et la civilisation aux hommes contre la volonté de Zeus préfigure le Christ donnant sa vie pour le salut de l’humanité. Il s’inscrit dans la lignée des grandes figures religieuses (Moïse, Jacob, David) interprétées par Gustave Moreau.

Mal accueillie au Salon de 1869, tout comme Jupiter et Europe (musée Gustave-Moreau) exécuté la même année, l’œuvre, dans un registre assez conventionnel, a été jugée laborieuse. Et lorsque l’artiste se représente au Salon après une longue absence, en 1876, c’est avec une peinture tout autre, celle de Salomé dansant devant Hérode (collection Armand Hammer, Los Angeles), où l’imaginaire, luxuriant et mystérieux, prend le pas et crée l’envoûtement auquel seront sensibles notamment Odilon Redon et, plus tard, les surréalistes.

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