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Résultats avec Windows Live® Search Cerisaie, la [Anton Tchekhov]Article
Plan de l'article
Présentation ; Un monde en crise ; « La vérité impitoyable » (Maxime Gorki) ; Entre naturalisme et symbolisme
Cerisaie, la [Anton Tchekhov], comédie en quatre actes d’Anton Tchekhov, écrite en 1903 et créée en 1904, l'année même de la mort de l'auteur, par le Théâtre d'art de Moscou de Konstantin Stanislavski.
L'acte I, agitato, voit le retour dans sa propriété, après cinq ans à Paris, où elle a fui la mort de son fils, de Lioubov, avec sa fille Ania. Autour des voyageurs exténués, proches (Gaïev, le frère, enfant vieilli), fidèles (Trofimov, l'éternel étudiant), serviteurs se mêlent en un tourbillon qui entrecroise les nouvelles du pays, les poussées du souvenir, les attentes informulées, pendant que se profile la ruine du domaine, promis à la vente, avec sa cerisaie splendide et inutile. Lioubov oppose sa frivolité généreuse et sentimentale au projet de lotissement dont Lopakhine, fils de moujik, désespère de la convaincre. À l'acte II, une partie de campagne alanguie dans le soir d'été permet le jeu de multiples discussions éclatées, pendant que montent les blessures secrètes qui mettent au bord des larmes. L'acte III, sur un tempo trépignant, est une scène de bal et de jeux, où l'on attend le résultat de l'épreuve de vérité, la vente aux enchères du domaine : Gaïev revient, avec un Lopakhine exultant, nouveau propriétaire de la cerisaie, annoncer la nouvelle à Lioubov anéantie. L'acte IV, en octobre, est celui des départs, chacun s'en va vers une autre vie, à Moscou, Paris, etc., oubliant le vieux Firss, enfermé dans la maison morte.
Dans cet ultime chef d'œuvre, Tchekhov superpose trois histoires — celle d'une famille, celle d'une société, celle d'une humanité — comme autant de lignes de force, pour reprendre l'intuition de Giorgio Strehler, selon lesquelles se distribue le drame. Le temps, qui est en train d'opérer d'irrésistibles mutations économiques, dont seul Lopakhine a la conscience et la volonté, travaille cruellement des êtres pleins de nostalgie enfantine, d'aboulie, de désirs et de secrets, les partageant entre ceux qui ne saisissent pas la chance des possibles qui s'ouvrent et ceux qui se laissent emporter par leur promesse de mouvement. Impatients et tendres, excédés et fraternels, les personnages s'opposent, mais non sans que se dessine une humanité communément partagée, faite de fierté et de faiblesse, de résignation et de folie, d'aveuglement et de lucidité, dont Lioubov est l'inoubliable incarnation.
Une dramaturgie complexe et virtuose est au service de cet humanisme bouleversant, à l'effet étrangement optimiste. La tragédie affleure constamment, mais elle est tenue en lisière par les ressorts propres à la comédie, à la tonalité de laquelle Tchekhov se déclarait spécialement attaché. Les brisures de l'intrigue, les ruptures de rythme, les cassures de l'émotion, les éclats de bizarrerie, les fulgurances mystérieuses ne cessent de faire balancer le spectateur entre rire et larmes, comme les choix de mise en scène entre le réalisme naturaliste originel (Stanislavski) et un fantastique symboliste non sans rapport avec celui de Maurice Maeterlinck (Meyerhold). L'histoire théâtrale a ainsi vu se succéder la vibration de l'âme slave (Georges Pitoëff), le rire étranglé (Giorgio Strehler), la violence âpre (Peter Stein), l'humanité déchirante (Peter Brook), comme autant de partis-pris faisant de la Cerisaie la pierre de touche des questions dramaturgiques contemporaines.
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