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Plan de l'article
Présentation ; Le théâtre historique : allusions et réflexions ; Une esthétique critique ; La préface de Cromwell, manifeste du romantisme ; « Homo duplex » ; Une dramaturgie de la vérité ; Le rêve d'un théâtre en liberté
Cromwell [Victor Hugo], drame en cinq actes et en vers de Victor Hugo, publié en 1827, adapté pour la première fois à la scène en 1956, et dont la préface est considérée comme le premier grand manifeste du romantisme. En 1657, Cromwell parvenu au sommet du pouvoir après le régicide de Charles Ier et l'instauration de la République, est tenté par la Couronne, que le Parlement et la cité de Londres s'apprêtent à lui offrir. Mais il se ravise, car il découvre, une nuit, qu’il est la cible d'un complot qui coalise contre lui les républicains puritains et les royalistes catholiques, à l'affût de son premier faux pas. Il attend le sacre pour refuser la couronne. Ses adversaires stupéfaits reconnaissent sa grandeur, le peuple admire sa modestie. Ce dénouement heureux ne l'empêche pourtant pas de rester frustré dans ses ambitions monarchiques.
Hugo s'inspire du théâtre de Shakespeare et du roman historique de Scott ; s'il prend des libertés avec la réalité historique, il restitue avec précision son contexte, par le décor londonien et par la multiplicité des personnages (quatre-vingt-neuf, plus les figurants), qui vont de l'homme du peuple au puissant. L'Histoire, telle qu’elle est montrée, n'est pas seulement faite par les grands, mais aussi par les masses. Le drame romantique dont Cromwell donne le modèle a la double visée de représenter le passé et le présent, par analogie des situations : ainsi, le grand homme issu de la révolution républicaine et qui ambitionne de reformer une monarchie, contre les tenants de la dynastie déchue, évoque pour les contemporains à la fois les ambitions impériales de Bonaparte et la Restauration de 1815.
La composition est très libre : scènes de foule, théâtre dans le théâtre, jeux de mots, chansons, répliques discontinues qui rompent la régularité de l'alexandrin. Le sublime des situations est miné par le grotesque, qui touche aussi le grand homme, prenant la valeur critique d'une interrogation sur la légitimité des puissants.
Hugo monte dans sa préface une machine de guerre contre l'idéalisme du Beau, en dressant un panorama historique de l'évolution des conceptions esthétiques ; puis il élabore une théorie du Beau comme « harmonie des contraires », le grotesque et le sublime, de l'union desquels « naît le génie moderne ».
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