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Cromwell [Victor Hugo]Article
Plan de l'article
Présentation ; Le théâtre historique : allusions et réflexions ; Une esthétique critique ; La préface de Cromwell, manifeste du romantisme ; « Homo duplex » ; Une dramaturgie de la vérité ; Le rêve d'un théâtre en liberté
Hugo distingue trois âges de la poésie : les temps primitifs (lyriques), antiques (épiques) et modernes (dramatiques) ; ces derniers correspondent à l'avènement du christianisme, qui révèle à l'homme sa double nature spirituelle et matérielle, le plongeant dans la mélancolie. Le drame naît de cette découverte : « Les hommes et les événements, mis en jeu par ce double agent, passent tour à tour bouffons et terribles, quelquefois terribles et bouffons tout ensemble. » Hugo réhabilite donc, en utilisant le dualisme chrétien, ce qu'il appelle le grotesque, qui s'oppose au sublime, tout en étant étroitement lié à lui. Au beau qui « n'a qu'une forme », Hugo oppose le laid qui « en a mille » ; le drame, en les représentant ensemble, se rapprochera de la vérité de la nature.
Il combat ainsi la poétique classique qui se réclamait d'Aristote en séparant le genre noble (la tragédie et l'épopée, qui chantent en vers les passions des grands) du genre bas (la comédie en prose, qui dénonce les ridicules du peuple), et appelle de ses vœux une nouvelle forme de théâtre, inspirée du modèle shakespearien, qui « ferait passer à chaque instant l'auditoire du sérieux au rire, des excitations bouffonnes aux émotions déchirantes, du grave au doux, du plaisant au sévère […] ». Le grotesque a une fonction esthétique (faire ressortir le sublime par contraste), métaphysique (la proximité du rire et de la mort dévoile les vanités terrestres), critique enfin : il met tous les hommes à égalité, en montrant la grandeur et la mesquinerie des puissants comme des humbles.
La révolution prônée par Hugo s'étend à l'alexandrin, qu'il veut plus naturel « sachant briser à propos et déplacer la césure […] plus ami de l'enjambement qui l'allonge que de l'inversion qui l'embrouille ». Il ne s'agit pas d'y renoncer, car le drame ne doit pas copier platement la nature, mais montrer le fonctionnement du monde à travers « un miroir de concentration ». Pour cela, la plus grande liberté créatrice doit être laissée au poète. Selon Hugo, les règles ont ligoté les auteurs classiques, surtout les unités de temps et de lieu et la bienséance, qui entravent la vérité. Mais il est conscient que cette nouvelle esthétique s'adapte mal à la scène de son temps. Cromwell, il le sait, n'est pas jouable tel quel à son époque. Plus tard, Hugo adoptera, pour qu’il soit joué, une esthétique du compromis (longueur du texte et nombre de personnages réduits, unité de lieu respectée à l'échelle de l'acte) ; mais en 1827, il rêve d'un théâtre total, qui pourrait même s'associer « les fascinations de l'opéra », anticipant sur les révolutions scéniques et dramaturgiques du XXe siècle.
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