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Oh les beaux jours [Samuel Beckett], pièce en deux actes de Samuel Beckett, parue en anglais en 1961, créée à Londres, reprise en France en 1962 dans la mise en scène de Roger Blin, avec Madeleine Renaud dans le rôle de Winnie, rôle qu’elle a interprété pendant vingt-cinq ans et qui a été l'un de ses plus grands succès. Denise Gence a joué le rôle dans la mise en scène de Pierre Chabert en 1992. Au premier acte, Winnie, la cinquantaine, est enterrée jusqu'à la taille sur un mamelon de terre dans un paysage désert. Sa journée se déroule : elle fait sa prière, se lave les dents, cherche des affaires dans son sac, s'abrite sous son ombrelle, vérifie que son mari Willie, caché derrière le mamelon, entend bien son babillage. Elle évoque le passé, commente ses habitudes. Au deuxième acte, enterrée jusqu'au cou, elle vérifie du regard que le monde existe toujours autour d'elle, évoque les derniers passants, cherche à retrouver les vers de ses poèmes préférés, interpelle Willie qui ne répond presque plus et n'arrive plus à grimper sur le mamelon sans son aide.
Les indications scéniques sont presque aussi importantes que le dialogue : elles prescrivent à la comédienne le canevas très serré de ses gestes, de ses mimiques, de ses intonations, de ses nombreux silences, qui ponctuent les moments de sa journée. La performance de l'actrice est d'autant plus grande que ses gestes sont contraints par l'immobilité, comme la parole de son personnage est une lutte contre l'évanouissement du sens de la vie.
Le spectateur est saisi d'emblée par la tension entre la situation objectivement sordide de cette femme à moitié enterrée dans un lieu désert et son bavardage charmant et désuet, où elle fait l'inventaire de ses motifs de satisfaction. L'évocation par Winnie des passants qui la plaignent renvoie le spectateur à son statut ambigu de voyeur ému de pitié et forcé en même temps de reconnaître dans la situation du personnage la misère de sa propre condition. C'est sur cette contradiction que repose l'humour du texte et sa gravité philosophique. Le thème principal de la pièce, comme le titre l'indique, est la perception du temps individuel : le passé est moins une dimension causale, explicative, que l'occasion du souvenir : « Oh le beau jour encore que ça aura été », dit Winnie dans un futur antérieur qui destine le présent à n'être que le passé qui sera évoqué demain. La vie se consume dans le discours qui est tenu sur elle, dans une communication illusoire où l'interlocuteur (Willie) ne sert qu'à renvoyer à celui qui parle son propre écho pour lui confirmer son existence.
Le charme de la pièce tient à la poésie paradoxale du discours de Winnie, ponctué d'expressions récurrentes à la fois personnelles et banales — « ça que je trouve si merveilleux », « le vieux style », « voilà ce que je dis toujours » —, de jeux de mots et de citations littéraires dont Beckett lui-même a cherché l'équivalent pour la traduction française, de situations ou de formules humoristiques, du frottement entre le tragique et le grotesque.
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