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Dans la solitude des champs de coton [Bernard-Marie Koltès]

Article
Plan de l'article
1

Présentation

Dans la solitude des champs de coton [Bernard-Marie Koltès], pièce de Bernard-Marie Koltès, éditée en 1986.

Dans la solitude des champs de coton a été mis en scène par Patrice Chéreau, à plusieurs reprises entre 1987 et 1996, avec Isaach de Bankolé, puis Patrice Chéreau dans le rôle du dealer, Laurent Malet, puis Pascal Greggory dans celui du client.

La pièce se déroule en une seule scène, constituée d’un dialogue entre « le dealer » et « le client » qui se rencontrent un soir, dans un endroit désert. Le dealer propose au client de lui vendre ce qu'il désire, mais le client, rétif, n'achètera rien. Au lieu de cette transaction toujours en question, jamais réalisée, une conversation s'engage, sur les commerces illicites, le désir et sa satisfaction, les rapports de force entre les êtres, où les deux hommes tour à tour se cherchent, se séduisent, s'esquivent et ne peuvent enfin que s'affronter.

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Un espace nu

Dans ses mises en scène successives, Chéreau a voulu que le plateau soit le plus nu possible, structuré par le seul jeu des corps entre les deux partenaires-adversaires du dialogue. Au-delà du texte même, c'est par les mouvements, les rapprochements et la distance que se déchiffrent les pulsions, les ruses, les mensonges et les rapports de force entre les deux personnages.

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Le dealer et le client

On ignore ce que vend le dealer, ce que le client cherche, et même s'il cherchait quelque chose au départ. La conversation tourne autour de cette question du désir du client que le dealer peut satisfaire. Ce dernier s'obstine à vouloir vendre, même ce qu'il n'a pas. Il repère chez le client l'absence de désir ; cette révélation crée chez le client une réaction violente qui panique le dealer en retour. À la fin de la pièce, la position de force est inversée : dépendant du désir du client, le dealer découvre sa propre indigence.

Le client est un personnage intransigeant ; ses réponses sont cinglantes. D'abord bardé de défenses, il entre en crise quand il découvre en lui la solitude et son manque de désir. Son discours est pétri de contradictions violentes ; ainsi, son goût radical et désespéré de la solitude n'exclut pas une certaine attirance pour le dealer. À l'absence de désir, qui empêche toute transaction, il substitue en dernier recours l'hostilité radicale : le combat armé.

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Dialogue, duo, duel

Le dialogue, comme toujours chez Koltès, est écrit dans une langue à la fois simple et travaillée, notamment par la richesse des images utilisées par les deux hommes pour définir leurs rapports. Les répliques sont, en apparence, explicites et crues, mais, en fait, elles sont retorses, car s'y joue une chasse à l'interdit, au secret, où la mauvaise foi, les ruses et les dénis sont présents, sans être immédiatement perceptibles.

Le texte donne des indications sur l'origine du dealer, noir africain, qu’a respectées la distribution de la première mise en scène de Chéreau. Cette différence est une marque de l'altérité, qui peut se représenter autrement. Quelle que soit la forme scénique prise par cette différence, cette tension, qui va du désir à l'hostilité, mène à la fin désespérée qui témoigne de l'extrême précarité des relations humaines.

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