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Après-midi d'un faune, l' [Stéphane Mallarmé]

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Manet, Portrait de Stéphane MallarméManet, Portrait de Stéphane Mallarmé
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L'art comme réminiscence

Il n’y a poésie qu’à partir du moment où la logique programmée de la réalité n’a pas lieu : Hérodiade et le Faune, de ce point de vue, partagent le même statut de figures qui font paraboles de l’acte poétique, même si l’une représente le défi farouche du refus opposé au réel, et l’autre l’ivresse alourdie de sa dérobade. Face à Hérodiade, dont le combat laisse Mallarmé déchiré et près de se rendre à la tentation de la vie à force d’être creusé et affamé par l’effort poétique, le Faune figure en revanche la possibilité épanouie de jouir d’une « fête », en dépit de la fuite des corps désirés. On peut donc lire allégoriquement le trajet du Faune, de la faute au triomphe : si la poésie est coupable de défaire, en voulant la saisir, l’unité charnelle du monde (comme il commet le crime de diviser les corps enlacés des deux nymphes, la timide et la brûlante), et si elle doit renoncer à sa présence radieuse (comme lui aux splendeurs convoitées), elle compense cette perte dans la célébration ivre de ses traces mémorables (comme lui dans le conte musical qu’il demande à sa flûte). On comprend pourquoi cette poésie rêve du théâtre, ce lieu par excellence, selon Mallarmé, des apparitions fictives et des commémorations éphémères, dont le satyre fait et chante ici la découverte.

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