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Emploi du temps, l' [Michel Butor]

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Médias
Michel ButorMichel Butor
Plan de l'article
1

Présentation

Emploi du temps, l' [Michel Butor], roman de Michel Butor, publié en 1956.

2

Penser la ville

L’Emploi du temps est le deuxième roman de Butor et comme dans le Passage de Milan (1954), il s’intéresse à la symbolique de la ville. Dans l’Emploi du temps, l’auteur prolonge sa recherche, au sein de laquelle les architectures de la ville, de l’existence et du texte se mêlent et fondent une philosophie de l’espace humain. Si Michel Butor est considéré comme un auteur du Nouveau Roman, c’est sans doute parce qu’il privilégie les notions de temps et d’espace, lesquelles s’assimilent parfois dans l’Emploi du temps à de véritables personnages.

3

Apprivoiser la ville

Tout se déroule à Bleston, ville anglaise purement fictive. Jacques Revel y est envoyé pour une année par son entreprise. Mais, bien vite, la ville devient une ennemie, un lieu impénétrable et hostile que le personnage impuissant tente un jour de détruire en en brûlant le plan, lui-même incapable de la représenter. C’est pour expliquer cet acte, et tout ce qui l’a préparé durant les huit premiers mois passés dans cette ville, que Jacques Revel entreprend la rédaction d’un journal rétrospectif. On découvre alors Ann, Rose, Horace Buck ou encore J.C. Hamilton, autant de personnages qui ouvrent les portes de la ville comme le font les lieux des deux cathédrales et du musée. Quand le journal rejoint le moment de l’écriture, Jacques décide de relire tout ce qu’il a déjà rédigé et mêle de ce fait le récit du présent aux commentaires des écrits passés. Les temps s’enchevêtrent avec complexité. L’Emploi du temps s’achève alors qu’Ann a échappé au narrateur et que celui-ci n’a pas réellement réussi à appréhender la ville : si les temps de son journal se sont rejoints, ils laissent en suspens le vide d’une journée mystérieusement inexpliquée.

4

S’écrire dans le labyrinthe d’une ville

Dans l’Emploi du temps tous les repères semblent perdus. Le personnage est égaré dans cette ville labyrinthique où il ne trouvera jamais sa place. Certains événements semblent inexplicables tant les indices paraissent réticents à se laisser recouper. Le lecteur pourrait ne pas se retrouver dans cette narration où les temps se confondent et au sein de laquelle le narrateur-personnage ne dévoile pas toutes les indications. Et pourtant tout est formidablement construit chez Butor ; pas un seul mot n’est là par hasard. Dans le roman, la symbolique de l’espace est omniprésente : de la toponymie des rues à la métaphore des lieux historiques, tout est représentation. Dans cette narration non linéaire, les passages se font écho, s’éclairent mutuellement en se répondant ou en se nuançant ; l’histoire est un gigantesque palimpseste de grands mythes et d’œuvres littéraires. Le lecteur peut reconstruire entièrement ce puzzle où l’absence seule d’une pièce inspire le doute. Celui qui se perd, c’est celui-là même qui tente de se retrouver dans l’espace qui l’entoure. Dans l’Emploi du temps, c’est Bleston qui constitue le texte où les lignes sont celles des rues. Pour comprendre la ville le personnage l’a remodelée par l’écriture ; ce texte-ville à l’image si décousue épouse en définitive l’esprit labyrinthique du personnage-écrivain. Jacques Revel n’aura pas tout à fait apprivoisé Bleston mais, en l’appréhendant, il aura appris à se déchiffrer lui-même un peu plus.

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