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Hymnes à la nuit [Novalis], œuvre de Novalis, parue en 1800 dans la revue Das Athenäum, sous le titre Hymnen an die Nacht, et composée de six textes mêlant prose rythmée et vers. Novalis y communique l’expérience mystique faite à l’occasion de la disparition de sa fiancée. La révélation spirituelle personnelle prétend s’élever là au rang de message universel, dans un hommage vibrant rendu à la Nuit sacrée.
Novalis met d’emblée en évidence le privilège du monde nocturne sur l’univers lumineux. La paix de la Nuit promet une rencontre maternelle et amoureuse (Hymne I). Le retour cyclique de la lumière menace cette promesse, accentuant chez le poète la nostalgie de la Nuit (Hymne II). Est alors évoquée la vision tombale de la fiancée morte, métamorphosée dans la perspective d’une éternelle union (Hymne III). Le poète se voue à la Nuit mystique, confiant en la rédemption offerte par le motif de la Croix, qui rassemble la communauté humaine (Hymne IV). L’enfant-Dieu en effet a redonné sens à l’Histoire, comme le chante partout le poète, après avoir rappelé la décadence qui succéda aux temps mythiques (Hymne V). Ce Christ médiateur et sauveur réunit enfin les amants séparés dans la Maison du Père, au sein de la Nuit nuptiale et mariale (Hymne VI).
Le recueil des Hymnes représente l’unique ensemble vraiment achevé de son auteur, version dont il désira et contrôla lui-même la publication, contrairement à celle d’un premier manuscrit, entièrement en vers libres, et plus riche d’allusions personnelles. L’élection par Novalis d’une confidence plus discrète, le choix plus général de la prose marquent deux volontés profondes : celle d’élever la célébration de Sophie von Kühn, sa fiancée morte à quinze ans, au culte d’une religion universelle de l’amour. Une figure maternelle et une figure mariale se superposent à l’évocation de la bien-aimée, dans la louange d’un univers nocturne, dispensateur du sommeil, de la paix éternels. Cette réconciliation avec soi-même, avec le monde, après la très grande douleur causée par la perte de l’être cher, est exprimée avec une très grande musicalité verbale. L’auteur alterne vers rimés et cadences prosaïques, dans le souci qui affecte la rédaction parallèle de son roman Henri d’Ofterdingen : les fluctuations de la vie, les mouvements de l’âme doivent être rendus par un style souple, s’accordant aux ondulations de la rêverie, épousant les intonations de la voix intérieure, faisant résonner des accents jusqu’alors inconnus, ou méconnus. À la raison, ou faculté de lumière active, explicative, est préférée l’intuition, ou privilège d’un accès aux révélations, suggestives, oniriques, de la Nuit. Résolument moderne, la démarche de Novalis annonce celle d’un Wagner, d’un Baudelaire, et inspirera, de leur aveu, Vigny, Nerval (qui cherchera aussi « l’épanchement du songe dans la vie ordinaire »), et nombre d’écrivains pré ou postsymbolistes, dont Maeterlinck (qui le fera connaître par ses traductions) ou Rilke. Novalis à vingt-sept ans dépasse les cadres de son éducation piétiste, les influences littéraires et philosophiques nombreuses et consenties (celle de Young, de Klopstock, de Schiller, de J. Boehme, entre autres), pour devenir, à la lumière obscure de son expérience intime, de créateur et d’homme blessé, une référence majeure de la poésie européenne.
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