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    Richard II est au pouvoir, c’est un roi juste mais faible. Son cousin Bolingbroke – qui est également son rival pour le trône – accuse Mowbray, le duc de Norfolk, d’avoir ...

  • Richard II (fiche technique)

    Richard II est au pouvoir, c’est un roi juste mais faible. Son cousin Bolingbroke – qui est également son rival pour le trône – accuse Mowbray, le duc de Norfolk, d’avoir ...

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Richard II [William Shakespeare]

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William ShakespeareWilliam Shakespeare
Plan de l'article
1

Présentation

Richard II [William Shakespeare], drame en cinq actes en vers de William Shakespeare, publié en 1597.

C'est la première des « histoires » composant ce qu'on appelle communément la seconde tétralogie, mise en chantier par le dramaturge à partir de 1594-1595, et destinée à couvrir, en amont des événements représentés dans la première tétralogie (du premier Henri VI à Richard III), l'origine de la sanglante guerre des Deux-Roses, ayant opposé autrefois les familles de Lancastre et de York. Les inquiétudes politiques liées à la vieillesse d'Élisabeth Ire et à sa succession redonnent une actualité à ces querelles médiévales dans la rétrospection desquelles le présent troublé trouve à interroger, en miroir, ses possibles développements.

2

Histoire d'une abdication

Le roi Richard est appelé à présider au duel judiciaire devant trancher entre Henri Bolingbroke, son cousin, et Thomas Mowbray, duc de Norfolk, qu'une violente contestation oppose sur l'assassinat à Calais de l'oncle du roi, le duc de Gloucester, où la responsabilité de Richard est probablement engagée. Richard interrompt le duel et condamne Norfolk au bannissement à vie, Bolingbroke à plusieurs années d'exil, ce qui cause un chagrin mortel à Jean de Gand, le père de ce dernier.

Les malédictions du mourant, suivies des protestations de son frère York, n'empêchent pas Richard de confisquer ses biens pour alimenter la campagne qu'il entreprend contre la rébellion irlandaise. Bolingbroke revient d'exil et rallie autour de sa personne tous ceux qui, comme Northumberland, ont été offensés par ce roi « dégénéré », dans un royaume laissé à la tutelle prudemment neutre de York.

Richard revient d'Irlande pour faire face à la marche irrésistible de Bolingbroke, qui veut, sous peine de guerre civile, recouvrer ses biens. Grâce à Northumberland qui sert d’ambassadeur, le roi rencontre Bolingbroke, et accepte toutes ses conditions.

Bolingbroke est aux prises avec les inextricables conflits nobiliaires enclenchés par l'affaire de Calais, quand York annonce que Richard lui cède la couronne. « Henri IV » fait abdiquer publiquement son prédécesseur, avant de le faire arrêter, provoquant la formation d'une conspiration où trempe Aumerle, fils de York.

Richard fait ses adieux à la reine, pendant que le roi pardonne à Aumerle et lance ses troupes contre les conjurés. Sur la foi d'obscurs propos d'Henri, un noble tue Richard dans sa prison. Henri IV décide de conduire deuil et expiation.

3

La souillure originaire

Voici la seconde génération dans la descendance d'Édouard III emportée dans la querelle. Le meurtre de Gloucester fait office de matrice tragique, qui ne va plus cesser d'essaimer ses effets, proches et lointains, jusqu'à compromettre à la fois la souveraineté de la royauté et la grandeur de l'Angleterre. Richard est un roi égaré, incapable de maintenir la prospérité du royaume, et surtout de garantir la légitimité de son pouvoir, qui a enclenché un processus de sacrilège, dont sa destitution, ou son abdication, l'une et l'autre impies au regard de sa fonction de « vicaire de Dieu », signent le caractère irréversible. La marche au pouvoir de Bolingbroke est l'acte de naissance d'un pouvoir issu de cette faillite originelle de la souveraineté, ou d'une vacance du droit, et qui va, d’ambiguïtés en démagogies, d’alliances en trahisons, encourir la suite sans fin de contestations dont il a donné lui-même l'exemple, vérifiant ainsi les malédictions lancées à son encontre par les représentants de la génération précédente. C'est la puissance tout entière de « l'île de majesté » qui vacille dans la tragédie commençante — comme c'est la beauté « républicaine » de tout jardin que souille l'incurie, selon la métaphore élégiaque du jardinier de la reine, au cœur de la pièce.

4

Le miroir fracassé

La désolation de la reine, captivée par le « malheur sans nom » qu'elle sent autour d'elle se développer et qu'aucune explication rationnelle ne saurait rectifier, laisse entendre les résonances à la fois métaphysiques et intimes que le drame suggère, au delà de l'enchaînement tragique des origines de la guerre civile. Le personnage de Richard frappe, en effet, par un consentement singulier à son propre destin, qui semble le creuser d'une irrémédiable mélancolie, dès lors que ses fautes ont porté atteinte à la cohésion même du monde, à savoir le Temps et ses continuités nécessaires. Il devient, tout au long du parcours qui va de son abdication à son meurtre quasi suicidaire, ce roi d'abandon, fasciné par la bouffonnerie de la Mort, par les vanités et illusions auxquelles elle laisse railleusement les humains s'adonner sur le théâtre du monde. Le « lourd fardeau » de la royauté le fait buter au plus secret de lui-même sur un divorce identitaire, sur une impossibilité de se dire non seulement roi, mais sujet de soi-même, qui explique ses aberrations de comportement (lorsqu'il affronte en termes hautains la contestation de Bolingbroke… et lui cède immédiatement), et qui lui fait, en un geste spectaculaire à l'acte IV, briser le miroir qu'il a demandé — signe de toutes les fragilités et, en dernière instance, du néant désirable qui seul demeure.

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