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Présentation ; La logique de la rébellion ; « Tristes mendiants affamés d'un temps de confusion » ; La folle jeunesse d'un prince ; « Cette énorme colline de chair »
Henri IV [première partie, William Shakespeare] (Henry IV), drame historique en cinq actes, en vers et en prose, de William Shakespeare, datant probablement de 1596, publié en 1598, deuxième œuvre, après Richard II, de la « seconde tétralogie » qui explore les origines de la guerre des Deux-Roses.
L'abdication-déposition de Richard II aurait dû amener à la succession son cousin Mortimer. Mais c'est un autre cousin, Bolingbroke, agent principal de la rébellion, qui a été couronné. Trois ans plus tard, le pouvoir d'Henri IV se trouve menacé par le clan qui lui a apporté son concours au moment de sa prise de pouvoir : la famille Percy, avec Worcester, son frère Nortumberland, et surtout le fils de ce dernier, Harry, dit « Hotspur » — dont le prince Harry, fils du roi, semble être son parfait contraire : aussi débauché, paresseux, ivrogne, que l'« éperon brûlant » est franc, fougueux, droit. Pendant que Harry passe son temps dans les auberges, à la tête d'une bande — où se distingue la figure de l'énorme vantard sir John Falstaff — à monter des coups et autres canulars, la rébellion du clan Percy prend forme avec le ralliement des Gallois et des Écossais. Face à l'imminence de la guerre civile, Henri IV fait rappeler le prince, lequel, après avoir « joué » avec Falstaff sa future entrevue avec son père, se rend auprès du roi, encourt ses remontrances, et obtient son pardon. Alors que la bataille se profile, le roi et son fils multiplient des offres de pardon ou de combat singulier, qu'entrave le soupçon de Worcester ou que récuse la fougue de Hotspur. À Shrewsbury, où Falstaff promu officier médite sur le vide de l'honneur, xérès au poing, feint d'être mort ou de s'être conduit en héros, Harry blessé multiplie les exploits, sauvant son père, venant à bout du rival Hotspur, jusqu'au triomphe d'Henri IV sur la rébellion.
Inspiré par les mêmes chroniques que pour Richard II (Holinshed, Hall, Daniel), remaniant à sa guise leurs données événementielles et chronologiques, Shakespeare développe les conséquences de la corruption originelle de la royauté, commise ou permise par Richard, telles qu'elles avaient été prédites dans les prophéties de la vieille génération, avant son effacement, et dans les malédictions du roi déposé, avant son meurtre. Henri IV, roi usurpateur, affronte la division des forces sur lesquelles il avait appuyé sa montée au pouvoir, en même temps que la défaillance d'un fils en rupture de ban, qui déshonore les valeurs de la noblesse, incarnées dans le clan adverse par son double, et qui compromet à nouveau l'avenir de la royauté dans le péril des mauvaises fréquentations. Mais c'est aussi un roi moderne, capable de trouver entre répression et clémence la bonne balance pour mater une rébellion minée par son impréparation.
Le futur vainqueur d'Azincourt est ici saisi dans une sorte d'« adolescence » politique, où une vacance, inquiétante mais temporaire, de toute fonction, mission ou conscience publique, lui fait une existence tout entière occupée par le rire et par la transgression. Harry le débauché apparaît d'autant plus traître aux idées d'honneur et de fierté que Harry, l'éperon vif, les incarne au contraire magnifiquement. Son retour à la loi est le début d’une métamorphose qui s'accomplit pleinement sur le champ de bataille, jusqu'au combat singulier qui l'oppose victorieusement à son double, dont il salue la mémoire en termes émus. Cette naissance d'un futur roi enrichit la question de la souveraineté en faisant de la légitimité non un legs mais une conquête, sur une intime part de faiblesse, d'anarchie et de refus.
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