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Fellini, Federico

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Federico FelliniFederico Fellini
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Un poète inclassable

Le succès international de la Dolce Vita permet désormais à Fellini d'imposer toutes ses vues artistiques aux producteurs. Il commence par tourner un sketch de Boccace 70 (Boccaccio 70, 1962), le Tentazioni del dottore Antonio, fable sur les obsessions d'un homme frustré et satire virulente et cocasse de la publicité. Cette œuvre marque son éloignement de l’écriture cinématographique classique, et on y décèle l’influence des écrits de Calvino et de Buzzati.

Il se livre ensuite à une réflexion sur le monde du cinéma et sur la création artistique avec Huit et demi (Otto e mezzo, 1963) où Marcello Mastroianni incarne un réalisateur italien très proche de Fellini lui-même. L'œuvre, mise en musique par Nino Rota, brasse les angoisses, les fantasmes, les souvenirs et les délires érotiques de son auteur dans une structure éclatée qui se refuse à toute narration linéaire. Quoique très expérimental, ce film connaît un succès sans précédent. Son œuvre suivante, Juliette des esprits (Giulietta degli spiriti, 1965), pourtant fondée sur le même principe de la fable onirique et écrite pour son épouse Giulietta Masina, est en revanche un échec commercial et critique.

Rencontrant des difficultés dans le financement de ses projets, il signe un sketch des Histoires extraordinaires (Tre Passi nel delirio, 1968) intitulé Toby Dammit ou Il ne faut jamais parier sa tête avec le diable, qui impressionne beaucoup par sa volonté d'irréalisme et son onirisme flamboyant et macabre. Bien que court, ce film a influencé l’esthétique visuelle des années quatre-vingt — cinéma, clip et publicité confondus.

Fellini peut ensuite tourner Satyricon (Fellini Satyricon, 1969), d'après l'œuvre de Pétrone, et laisser libre cours à la démesure de son imaginaire, peuplé de « monstres féminins » (déjà présents dans son œuvre antérieure), de délires sensuels et de fantômes en tous genres. Baroque, cauchemardesque et d'une imparable beauté plastique, le film a obtenu un réel succès.

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Regards sur l'enfance et l'adolescence

Considéré désormais comme un des cinéastes les plus créatifs du monde, Fellini décide de se plonger dans le souvenir de ses émotions d'enfant en réalisant un documentaire très personnel sur le cirque, les Clowns (i Clowns, 1970), dont la facture onirique reflète une nouvelle fois son goût pour la poésie et la magie du spectacle populaire.

Il réalise ensuite Fellini Roma (1972), hymne pittoresque et lyrique à la ville de Rome, qui n'a pour ligne directrice que le fil de ses souvenirs et la puissance de ses fantasmes, où il mélange reconstitutions nostalgiques et visions futuristes avec une verve poétique qui n’appartient qu’à lui. Conforté par l’intérêt que lui prête à nouveau le grand public, il continue d’explorer le monde des souvenirs avec Amarcord (1973), chronique foisonnante et satirique d’une petite ville de province dans les années trente, qui enthousiasme le public par sa liberté de ton.

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Parades

Il s’attaque ensuite à un projet ambitieux, Casanova (Il Casanova di Federico Fellini, 1976), librement adapté des Mémoires de Giacomo Casanova, une œuvre également orgiaque par ses moyens financiers et sa surabondance de visions et de trouvailles baroques, qui déconcerte la critique et le public car la biographie du célèbre séducteur s’y trouve réduite à une démentielle galerie de monstres et d’automates.

Il réalise peu après un petit film atypique sur la musique, Répétition d'orchestre (Prova d'orchestra, 1978), très noir mais aussi plein d’une drôlerie qui évoque le « slapstick » américain du temps du muet, puis une métaphore apocalyptique et sombre, la Cité des femmes (la Città delle donne, 1980) qui témoigne de son pessimisme et de son inquiétude sur le monde moderne et les rapports humains. Et vogue le navire (E la nave va, 1983), récit allégorique plein d’expérimentations formelles, retrouve quant à lui une certaine légèreté de ton.

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Règlements de comptes

De moins en moins soutenu par le public, Fellini en vient à accuser la télévision d'être responsable de l'abêtissement des spectateurs et tourne à ce sujet un pamphlet avec Marcello Mastroianni et Giulietta Masina, Ginger et Fred (Ginger e Fred, 1986). Drôle et pathétique, c'est le récit de deux anciennes stars du music-hall invitées à s'exhiber sur le plateau d'une télévision privée. La fable grinçante et sentimentale retrouve ici les bases du néoréalisme, tant par l'analyse sociale et économique d'un milieu que par la mise en lumière d'une réalité aliénante.

Fellini tourne ensuite Intervista (1987), son testament cinématographique et une réflexion désabusée sur le métier de cinéaste et sur le temps qui passe, puis revient une dernière fois à ses merveilleux fantasmes dans la Voce della luna (1990), une promenade sentimentale et hallucinée dans un no man's land poétique et inquiétant, avec l’acteur Roberto Benigni.

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