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géographieArticle
Plan de l'article
L’ouvrage intitulé Geographia generalis (1650) du géographe allemand Bernhardus Varenius joue un rôle important dans l’histoire des méthodes géographiques. Varenius divise la géographie en trois domaines distincts : le premier traite de la forme et des dimensions de la Terre, le second des marées, des climats, des saisons et des autres variables qui dépendent de la position relative de la Terre dans l’Univers, et le troisième porte sur les études comparatives de régions précises du monde. Ses travaux ont fait autorité pendant plus d’un siècle. Pendant les deux siècles qui suivent, de nombreux Européens apportent leurs contributions à la connaissance géographique. Au xviiie siècle, les progrès de la géométrie, de l’astronomie et de la géodésie permettent une amélioration considérable de la précision dans les localisations et, partant, une cartographie de plus en plus fidèle aux réalités du terrain. Au xviiie siècle, le philosophe allemand Emmanuel Kant joue un rôle décisif en plaçant la géographie dans le cadre de la science. Kant distingue deux catégories dans la science tirée de l’observation : la première comprend les phénomènes décrits selon les principes de la logique, et elle aboutit à une classification des plantes et des animaux, qui fait abstraction des notions de temps ou d’espace. Cette classification s’exprime par les notions d’ordre, de genre et d’espèce. La seconde catégorie porte sur les phénomènes conçus en termes de temps et d’espace ; la classification et la description selon le temps prend la forme de l’histoire, et la classification et la description selon l’espace prend la forme de la géographie. Kant subdivise la géographie en six branches, l’une d’entre elles, la géographie physique, étant prédominante par rapport aux autres. Selon la conception kantienne, les autres branches sont représentées par la géographie théologique, économique, politique, morale et mathématique. Alexander von Humboldt et Carl Ritter, allemands tous les deux, contribuent de façon significative à la conception scientifique de la géographie au début du xixe siècle. Grand voyageur et brillant observateur sur le terrain, Humboldt applique sa connaissance des processus physiques et des sciences naturelles à la classification systématique et à la description comparative des paysages observés sur le terrain. Il met également au point des méthodes de mesure des phénomènes qu’il constate. Il est l’auteur d’un certain nombre d’excellentes études géographiques tirées de ses voyages en Amérique. Son œuvre, intitulée Kosmos (1844), qui décrit la géographie physique de la Terre, est considérée comme l’un des chefs-d’œuvre de la littérature géographique de tous les temps. Les positions de Ritter diffèrent en partie de celles de Humboldt. Alors que Humboldt envisage un traitement séparé de chaque caractéristique physique et est alors partisan d’une approche générale, Ritter prône une approche régionale de la géographie. Il insiste sur la nécessité d’étudier des zones précises en les comparant et en dégageant ce que chacune d’elles a de particulier. Son œuvre en 19 volumes, Die Erdkunde im Verhältnis zur Natur und Geschichte des Menschen (« la Géographie dans ses relations avec la nature et l’histoire de l’humanité », 1822-1859), est une excellente analyse géographique de l’Asie et de certaines parties de l’Afrique. Ritter est un observateur de terrain avisé, qui possède de bonnes connaissances dans le domaine des sciences naturelles et de l’histoire. Il emploie le terme de géographie comparée pour qualifier son propre travail, considérant qu’elle est du même ordre que l’anatomie comparée, et il accumule les observations pour dégager des lois et des principes. Ritter pense également que les études générales sont absolument indispensables aux études régionales. Élisée Reclus (1830-1905), qui a suivi les cours de Ritter, réalise seul, en dehors des institutions académiques, une œuvre monumentale. Sa Géographie universelle publiée de 1875 à 1894 est une remarquable somme de géographie régionale et son traité l’Homme et la Terre est une réflexion originale et très moderne sur les rapports entre les sociétés et leur milieu. Un autre géographe allemand, Friedrich Ratzel, contribue de façon significative à la connaissance géographique. Naturaliste, voyageur et journaliste, il est surtout connu pour son œuvre Anthropogéographie (1882-1891), où il tente de démontrer que la répartition des peuples sur la Terre est déterminée par l’environnement physique. Décrivant la géographie comme science de la répartition, il favorise l’étude de zones réduites, qui, selon lui, peut servir de base à des généralisations sur des espaces plus grands ou même sur le monde entier. Les géographes allemands Ferdinand von Richthofen et Alfred Hettner intègrent les idées de Humboldt, de Ritter et de Ratzel dans un système cohérent. Le livre de Hettner Die Geographie : Ihre Geschichte, ihr Wesen, und ihre Methoden (« la Géographie : son histoire, sa nature et ses méthodes », 1927) est une œuvre de qualité sur l’histoire des méthodes géographiques. Paul Vidal de La Blache occupe une place de premier plan parmi les géographes français de la fin du xixe siècle. Il s’oppose à l’idée selon laquelle le milieu physique détermine complètement les activités humaines. Il démontre que des groupes humains différents peuvent exploiter différemment un même milieu. Il se montre partisan des études monographiques portant sur les régions, et il met l’accent sur les processus à la fois physiques et culturels qui interviennent dans la répartition des caractéristiques de la Terre. Le xixe siècle voit l’émergence de nombreuses sociétés de géographie. Beaucoup parrainent des explorations, sont à l’origine d’études et publient des revues géographiques. Les premières sociétés sont fondées à Paris, Berlin et Londres, pendant les années 1820 et 1830 et sont toujours en activité. Des congrès géographiques internationaux sont organisés, parallèlement aux expositions universelles.
Pendant la première moitié du xxe siècle, de nombreux auteurs d’ouvrages géographiques — français, notamment Emmanuel de Martonne, Albert Demangeon et André Siegfried, britanniques, américains et allemands — suivent la tradition des pionniers dans le domaine de la géographie. Des études portant sur des zones restreintes situées partout dans le monde sont conduites en s’appuyant sur les observations de terrain. Les frontières de la connaissance géographique s’en trouvent élargies ainsi que la valeur et la densité des informations, mais les méthodes utilisées sont pratiquement inchangées depuis la fin du xixe siècle. Ainsi s’achève au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, selon des dates différentes suivant les pays, le temps de la géographie classique. Un tournant s’amorce dans les années cinquante puis se précise ensuite. Par les travaux qu’ils conduisent, des auteurs comme Jean Gottman, Jean Dresch, Pierre George, Jean Tricart, sont, chacun dans son domaine, des novateurs. Certains de ces géographes et d’autres par la suite, critiquent les objectifs et les méthodes antérieurs ; ils ont des exigences scientifiques et veulent apparenter la géographie aux sciences expérimentales en recherchant des lois, selon le dispositif suivant : théorie — hypothèse et modèle — mesure et test statistique. Le renversement de méthode et de perspective est tel que l’on a parfois employé les expressions de « nouvelle géographie » et de « révolution quantitative ». En fait, les géographes testent d’abord des modèles de localisation plus ou moins anciens ; celui de Von Thünen (1827), d’A. Weber (1909), de Walter Christaller (1933), en les appliquant à des réalités contemporaines. Ces modèles ont une valeur explicative certaine, vérifiée dans différents contextes dans les années soixante et soixante-dix. Ils donnent lieu à d’autres recherches et propositions théoriques. La géographie de Roger Brunet, qui analyse et illustre les modes de production et d’organisation de l’espace, est issue de ce courant. Parallèlement ou en réaction contre cette géographie soucieuse d’établir des lois ou d’expliquer des régularités dans l’organisation de l’espace, d’autres analyses géographiques s’affirment. La géographie humaniste et culturelle (dont Paul Claval est l’un des chefs de file) montre le rôle et la place des valeurs humaines dans la différenciation de l’espace et ses usages. La géographie radicale et la géopolitique (remise à l’honneur par Yves Lacoste) analysent les divisions territoriales et les problèmes frontaliers, les conflits liés à la présence de groupes sociaux et culturels distincts, politiquement dominants ou dominés. La géographie historique tente de faire le lien entre les données de l’histoire (voir histoire de l'histoire) et celles de la géographie, en étudiant par exemple l’histoire du paysage ou celle de la vigne et du vin. Certains historiens, comme Fernand Braudel, donnent dans leurs travaux une large place à la réflexion géographique.
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